Le diable dans les détails
Moins de Descartes, plus de zen !
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Cet article est issu du numéro 60 de Philosophie magazine « 60 - juin 2012 », en kiosque le 28 juin 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Eurocentrée », la philosophie ? Elle a en tout cas longtemps tenu les sagesses orientales pour des bizarreries, elle qui s’est souvent voulue pur esprit. En se réconciliant avec ces traditions, elle pourrait pourtant renouer avec le corps et les émotions.
La philosophie est affaire européenne, dit-on. On fait quelquefois allusion aux relations entre les philosophes grecs et les « gymnosophistes » hindous (yogis) lors de l’expédition d’Alexandre vers l’Indus. Il est question en passant de l’intérêt de Leibniz pour l’écriture chinoise ou de celui de Schopenhauer pour les sagesses orientales, mais ça ne va pas plus loin. Les chaires universitaires de philosophie comparée ont disparu et l’intérêt d’un Jean Grenier pour le tao est une bizarrerie.
Il n’est pas surprenant que la philosophie européenne soit restée coupée de langues et de cultures d’accès difficile même si elles réunissaient des millions et, aujourd’hui, des milliards d’humains – mais il y a d’autres raisons à cette ignorance. La philosophie européenne a été aussi ethnocentrique que nos politiques. Elle s’accommoda, sans mot dire, de l’esclavage et de la colonisation. Hegel, avec son mépris pour un Orient et une Afrique dont il ne connaît rien, est là-dessus exemplaire. Cet ethnocentrisme a une variante intraeuropéenne à laquelle on ne fait même plus attention : si la philosophie parle grec et allemand, pourquoi s’intéresser à Ortega y Gasset, Zambrano, Chestov ou Croce ?