Natalie Depraz : “Le virtuel permet un rapport plus riche à la réalité”

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Natalie Depraz : “Le virtuel permet un rapport plus riche à la réalité”

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Cet article est issu du numéro 93 de Philosophie magazine « Être ou avoir ? », en kiosque le 24 septembre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour la philosophe et phénoménologue, Natalie Depraz, les nouvelles technologies imposent de penser à nouveaux frais le rapport que nous entretenons aux objets matériels et immatériels, et, à travers eux, au monde.

Notre dossier cherche à comprendre comment s’articulent pour chacun la tentation de l’avoir et de l’être. Quel rapport entretenez-vous aux objets et aux choses ?

Natalie Depraz : Personnellement, j’entretiens un rapport ambivalent aux objets matériels, comme beaucoup. Je possède une bibliothèque mais elle est « dormante ». J’y cherche encore parfois un livre mais trop souvent, qu’il soit mal rangé ou que je regarde au mauvais endroit, je ne le retrouve pas. Ma relation à cette bibliothèque est moins familière qu’auparavant. Elle a été comme dépossédée de son usage par la fréquentation des livres et des documents numériques, plus commodes pour travailler. Philosophiquement ensuite, et pour répondre précisément à cette question, je dois rappeler que la tradition de pensée à laquelle j’appartiens distingue nettement la chose et l’objet.

 

« Un objet est ce qui se présente devant moi et à partir de quoi je peux entrer en relation avec le monde »

Sur quoi repose cette distinction ?

Du point de vue de la phénoménologie, une chose repose sur un substrat matériel, qui est sa propriété de base, à la différence de l’objet, qui recouvre une amplitude de sens plus large. Il participe d’une réalité plus complexe et stratifiée, non nécessairement matérielle. Un vécu ou un souvenir sont par exemple des objets. Un objet est ce qui se présente devant moi et à partir de quoi je peux entrer en relation avec le monde. Pour le dire avec une image, le disque vinyle que je peux toucher serait une chose, tandis que la musique dont il est le support serait un objet.

 

Notre rapport aux choses précède-t-il notre rapport aux objets ?

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