Société

Peine de mort, la grande divergence franco-américaine

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La civière de la salle d’exécution du Greensville Correctional Center à Jarratt (Virginie, États-Unis), le 24 mars 2021. Cent-deux exécutions s’y sont tenues depuis le début des années 1990

La civière de la salle d’exécution du Greensville Correctional Center à Jarratt (Virginie, États-Unis), le 24 mars 2021. Cent-deux exécutions s’y sont tenues depuis le début des années 1990. © Steve Helber/AP/SIPA

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Il y a quarante ans, la France abolissait la peine de mort. En Occident, les États-Unis sont la dernière démocratie libérale à pratiquer encore le châtiment suprême. Mais outre-Atlantique, les abolitionnistes luttent désormais avec des arguments différents de ceux mobilisés par Robert Badinter : plus que la morale, ils invoquent des questions techniques. Voici pourquoi.

 

Contrairement aux idées reçues, l’histoire de la peine de mort en France et aux États-Unis a longtemps été similaire. Le siècle des Lumières y est marqué par une prise de conscience abolitionniste ; puis, on constate une hausse des exécutions lors des périodes de troubles ; enfin, un déclin prononcé après la Seconde Guerre mondiale, avec par exemple « seulement » trois exécutions entre 1970 et 1979 aux États-Unis (en raison d’un moratoire sur l’application de la peine de mort entre 1967 et 1976). Dans les années 1970, des deux côtés de l’Atlantique, les opposants au châtiment suprême emploient un argumentaire classique – du moins celui qu’on connaît le mieux aujourd’hui en France, qui combine considérations morales et critiques de la procédure judiciaire.

Dans un article pour le American Journal of Comparative Law, Mugambi Jouet, ancien juriste au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à La Haye, décrit cet argumentaire comme « polyvalent ». Les raisons invoquées renvoient à la pensée d’un des premiers grands abolitionnistes, le philosophe italien Cesare Beccaria (1738-1794), auteur de l’ouvrage classique Des délits et des peines (1764). Pour Beccaria, la peine de mort est un châtiment à la fois indigne, car niant l’humanité de l’homme ; et injuste, car ciblant particulièrement les classes laborieuses.

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