États-Unis/Politique
Péplum à Washington
Donald Trump © Official White House / Shealah Craighead
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Cet article est issu du numéro 123 de Philosophie magazine « 123 - octobre 2018 », en kiosque le 24 septembre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les hauts fonctionnaires de la Maison Blanche ont avoué « bloquer » les mauvaises décisions prises par Donald Trump. Cet événement n’est pas sans rappeler certains épisodes de la Rome antique. Éclairages avec Machiavel et Montesquieu.
Le 5 septembre dernier, une tribune publiée dans le New York Times fait l’effet d’une bombe. Un haut fonctionnaire anonyme revendique l’existence d’une « résistance discrète » menée par une partie de l’administration Trump pour « bloquer certains de ses projets » et tout faire pour que « les mauvaises décisions restent confinées dans l’aile Ouest » de la Maison Blanche. Considérant que « les Américains doivent savoir qu’il y a des adultes dans la pièce », ces hommes et ces femmes estiment que « leur premier devoir est à l’égard de ce pays », afin de « préserver [les] institutions démocratiques » contre « les impulsions les plus nocives de M. Trump ».
Est-il légitime de mettre un dirigeant politique sous tutelle pour le bien du pays ? D’un côté, on peut être sensible à l’aspect romain du tableau : face à un tyran bouffi d’orgueil, infantile et vraisemblablement fou, quelques serviteurs de l’État ayant conservé leur vertu civique sauvent ce qui peut être sauvé. On se croirait dans un péplum ! Dans le rôle de Néron, un Donald Trump fantasque et en proie, comme l’écrit le rédacteur de la tribune, à « ses pires penchants ». Dans celui du sénateur droit et incorruptible, le haut fonctionnaire anonyme, qui n’hésite pas à employer les termes d’« honneur », de « noble but » et d’« amour pour ce grand pays ». De l’autre côté, comment accepter que des personnes non élues violent les instructions du président et lui dissimulent des documents ? N’agissent-ils pas contre le principe suprême du pays, la démocratie ? Au cours de la campagne électorale de mi-mandat, Trump aura beau jeu de dénoncer cet « État profond », ce Deep State soupçonné de gouverner le pays de façon occulte. Dans l’esprit du président, la tribune du New York Times est donc un acte de « trahison » (Tweet du 6 septembre).