Société

Petite philosophie du squat

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Paris, le 3 février 2008. Des dizaines de familles mal logées et des militants du Droit au logement (Dal) occupent un gymnase du IVe arrondissement pour “rappeler à la ville de Paris et à l’État leurs engagements” en matière de relogement

Paris, le 3 février 2008. Des dizaines de familles mal logées et des militants du Droit au logement (Dal) occupent un gymnase du IVe arrondissement pour “rappeler à la ville de Paris et à l’État leurs engagements” en matière de relogement. © Loïc Venance/AFP

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La question des squats revient dans l’actualité. L’Assemblée nationale vient de voter un durcissement de la répression contre les squatteurs. Mais les députés pourront-ils éteindre un mouvement ancien et profondément contestataire ? Retour sur un mode de vie alternatif.

 

Difficile de dater exactement la naissance du squat. Le sociologue et historien américain Charles Tilly (1929-2008) estime, dans La France conteste, de 1600 à nos jours (1986), que la logique de la « prise d’un espace », collective, associée à une revendication « offensive » – dont le squat est une forme manifeste – entre dans le « répertoire d’action » des mouvements sociaux après la Première Guerre mondiale. Comme l’explique cependant Cécile Péchu dans un article fouillé, « Entre résistance et contestation. La genèse du squat comme mode d’action », il faut restituer le squat dans une histoire des pratiques qui remonte bien avant la Grande Guerre.

Cloche de bois, mouvement anti-propriétaires et « déménagement à la Gandillot ». Les pratiques individuelle ou collective de subversion du droit des propriétaires sont anciennes. Dès la fin du XVIIIe siècle se développe le « déménagement à la cloche de bois » ou « déménagement à la saint Pierre », qui consiste à quitter un logement la veille du paiement du loyer. Avec la Révolution industrielle et ses conséquences – paupérisation, augmentation de la population urbaine et donc de la demande de logement –, le phénomène s’accentue. Dans les années 1880, le mouvement de résistance aux propriétaires se structure dans des groupements comme la Ligue des antipropriétaires, qui organise des déménagements « à la cloche de bois » en groupe ou des grèves de loyers. La démarche se politise et se publicise. Ces pratiques sont en général nourries d’une pensée anarchiste qui rejette la propriété, considérée une usurpation illégitime jetant une large partie de la population dans la misère.

Le déménagement à la cloche de bois disparaît pourtant progressivement. En cause, « la plus grande répression des déménagements à la cloche de bois […] ; le fait que le syndicat ne sache pas toujours quoi faire des familles qu’il déménage à la cloche », etc. C’est un autre mode de déménagement, « à la Gandillot », qui prend le relais du déménagement à la cloche. Ce terme vient de Léon Gandillot, un riche dramaturge qui, déménageant alors qu’il avait payé son loyer à l’avance, accueillit dans l’appartement inoccupé une famille de sans-abri. « Le “déménagement à la Gandillot” est sans aucun doute l’un des maillons qui conduit du déménagement à la cloche de bois à l’invention du squat. Si l’occupation est légale, puisqu’un bail est en cours, il s’agit néanmoins d’une occupation d’appartement vide », continue Cécile Péchu – mais une occupation avec le consentement et la complicité de celui qui le loue. La pratique fit quelques émules, attira l’attention des médias et de l’opinion publique mais resta limitée.

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