Vos questions

Peut-on s’engager quand on aime l’instant présent plus que tout ?

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Cet article est issu du numéro 74 de Philosophie magazine « 74 - novembre 2013 », en kiosque le 24 octobre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ananda, 30 ans, Angoustrine-Villeneuve-des-Escaldes

Votre question étonne d’abord : pourquoi l’engagement nous contraindrait-il nécessairement à cesser d’aimer l’instant présent ? Pourquoi, d’ailleurs, ne pas s’engager à aimer le présent ? On imagine toutefois des cas de conflit, comme de s’engager avec un homme en étant incapable de résister aux tentations du présent… On peut, dans ce cas, concevoir l’engagement de deux manières opposées. Soit au sens moral, kantien. « S’engager », c’est s’imposer une obligation contre-nature : le souci du long terme si vous n’aimez que le présent, la fidélité si vous ne vivez que de multiplier les rencontres. S’engager, c’est alors s’engager à combattre une partie de soi. C’est viser une grandeur morale pensée dans l’arrachement au « penchant naturel de sa sensibilité ». C’est donc, dans votre cas, vous engager à lutter contre votre amour du présent. C’est possible, mais risqué : soit vous tiendrez votre engagement mais au prix d’une violence imposée à une part de vous-même, soit vous ne le tiendrez pas et vous vous en voudrez – autre forme de violence. On peut se demander si, pour se développer, l’être humain ne doit pas viser davantage une plénitude d’être que cette vie scindée, déchirée, érigée par Kant en modèle d’une vie vertueuse. Souvenez-vous que pour Kant, « l’essentiel n’est pas de se rendre heureux, mais de se rendre dignes du bonheur »…

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