Figure libre

Philippe Forest : “Nul ne doit renoncer à devenir l’auteur de sa propre existence”

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Sollicité pour nous présenter une œuvre d’art évocatrice de la liberté, l’écrivain Philippe Forest a choisi “Porte-fenêtre à Collioure” (1914) de Henri Matisse. Il se glisse ainsi dans les pas de Louis Aragon, qui avait lui aussi été saisi par la force évocatrice de cette peinture. Et nous fait voir dans ce tableau qui annonce l’abstraction un appel lancé pour chacun à commencer ou à recommencer sa vie.

« Épidémie oblige, la grande exposition que le Centre Pompidou devait consacrer à Matisse a été reportée à l’automne. On devait y voir, parmi beaucoup d’autres, un tableau qui appartient, je crois, aux collections permanentes du musée. Il est très célèbre et a été souvent commenté. Il date de 1914. On le connaît sous plusieurs titres, dont La Porte-fenêtre ouverte ou Porte-fenêtre à Collioure. L’image dont je parle n’a apparemment aucun rapport avec la situation que nous venons de vivre ; elle ne semble pas entretenir de lien particulier avec l’actualité de ces derniers mois. Une œuvre d’art, comme le disait Mallarmé de l’un de ses poèmes, est avant tout “allégorique d’elle-même”. Ce qui n’empêche pas que se déduisent d’elle toutes sortes de significations, que chacun peut, selon sa fantaisie, tirer du spectacle que nous présente le peintre ou le poète. Plus l’œuvre parle d’elle-même, davantage elle nous en dit sur nous. Moins elle montre le monde, mieux elle nous le rend visible. Faisant ainsi appel à notre réflexion, à notre sensibilité, à notre imagination, une œuvre réussie nous laisse libres du sens – ou de l’absence de sens – que nous lui donnerons. Je ne sais pas ce que vaut l’idée, au demeurant banale, que je viens d’exposer ; je ne suis pas certain que je la défendrais forcément et jusqu’au bout, en toutes circonstances. Mais c’est en sa faveur que me donne maintenant envie de plaider La Porte-fenêtre de Matisse, en laquelle je trouve comme un appel à exercer aujourd’hui, en dépit ou en raison de la manière dont on voudrait nous en priver, notre souveraine liberté.

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