L’aventure d’un classique
Philippe Hamou : “Chez Locke, la loi de la nature reste le principe directeur de la société civile”
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Cet article est issu du numéro 169 de Philosophie magazine « Complotisme. Pourquoi se raconte-t-on des histoires ? », en kiosque le 27 avril 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’héritage de John Locke est « un peu comme un éléphant au milieu de la pièce, si proche de nous et si massif que l’on n’y prête plus guère attention », affirme Philippe Hamou. Le spécialiste du philosophe anglais nous cornaque pour comprendre en quoi il influe toujours notre pensée comme nos pratiques politiques.
« Si l’empirisme de Locke a parfois été contesté en France, surtout après Kant, sa pensée politique a eu une influence considérable dès l’époque des Lumières, notamment chez Montesquieu et Rousseau. Si le Second Traité du gouvernement civil est sans doute, de ce côté-ci de la Manche, nettement moins lu, étudié et commenté que ne le sont le Léviathan de Hobbes ou Du contrat social de Rousseau, il ne faut cependant pas se méprendre sur son importance. L’ouvrage est constitutif non seulement de notre pensée politique moderne mais aussi de larges pans de notre pratique politique. Son héritage est un peu comme un éléphant au milieu d’une pièce, si proche de nous et si massif que l’on n’y prête plus guère attention.
L’ouvrage est dirigé de façon assez claire contre une conception théocratique de l’État et contre l’idée que les monarques disposent d’un droit divin. À l’instar d’Aristote et de Machiavel, Locke affirme hautement qu’il existe une sphère spécifique du politique et il revendique son indépendance par rapport à la sphère religieuse qu’il cantonne à la conscience et au “for intérieur”. Mais il y a aussi un très fort théocentrisme chez Locke, qui fait que, chez lui, la question de l’état de nature et celle de la société politique ne sont jamais dissociées de la question morale. En un sens, la loi de la nature, qui est la loi de la raison autant que celle de Dieu, reste le principe directeur de la société civile.