Enquête
Philippe Raynaud. « L’impression d’un immense gâchis »
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Cet article est issu du numéro 44 de Philosophie magazine « 44 - novembre 2010 », en kiosque le 28 octobre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le philosophe Philippe Raynaud est à la fois fin connaisseur et critique de l’œuvre d’Alain Badiou. Pour lui, les fidélités politiques de l’auteur de L’Être et l’Événement auraient nui à la valeur du système philosophique.
Comment présenter l’itinéraire politique et militant d’Alain Badiou ?
Il n’a pas toujours été un penseur d’extrême gauche. Dans sa jeunesse, il militait au PSU (le parti socialiste unifié, créé en 1960, NDLR) et appartenait donc à la gauche socialiste, non révolutionnaire. Plus tard, sous l’influence d’Althusser, il s’est radicalisé et est devenu maoïste, créant son propre groupe, l’Union des communistes de France marxiste-léniniste (UCFML). Son itinéraire est assez surprenant, car il a pris le chemin inverse de celui de nombreux intellectuels d’alors : tandis que, dans un contexte marqué par les révélations sur la réalité du régime chinois, les autres organisations maoïstes ont peu à peu disparu, la plupart de leurs militants s’orientant vers une voie plus ou moins démocratique, lui a persévéré. Dans Le Siècle, il soutient mordicus l’héritage de Mao – un des pires tyrans du XXe siècle – et la Révolution culturelle – une expérience sanglante de manipulation totalitaire. Ce plaidoyer, qui révèle une fascination pour la terreur, s’appuie sur un argument : l’expérience historique ne réfute pas l’Idée (maoïste ou, aujourd’hui, communiste). Badiou est un philosophe idéaliste et platonicien, qui estime que la vérité transcende la réalité sensible et ne peut donc jamais être réfutée par l’épreuve des faits. Se voulant semblable au Dieu de Descartes, il pose l’existence de vérités éternelles, dont il est lui-même le créateur. De même pour l’« événement » : il sélectionne dans l’histoire des moments héroïques auxquels il donne la dignité d’événements – pour lui, la Révolution, c’est 1793 et la Terreur, et non 1789. L’événement n’est rien d’autre qu’un mythe reconnu et mobilisé par le philosophe-roi Badiou.