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Pierre-Henri Tavoillot : “Le pouvoir politique se dissout comme l’autorité, et, finalement, les citoyens se sentent trompés”

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Pierre-Henri Tavoillot : “Le pouvoir politique se dissout comme l’autorité, et, finalement, les citoyens se sentent trompés”

Pierre-Henri Tavoillot. © Hannah Assouline/Opale

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Cet article est issu du numéro 181 de Philosophie magazine « Peut-on devenir meilleur ? et si oui, comment ? », en kiosque le 11 juillet 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le philosophe, qui s’est intéressé aux notions de liberté et d’obéissance en démocratie, décrypte les raisons de la colère qui s’est exprimée dans les urnes. 

 

« La situation dans laquelle nous nous trouvons après la dissolution de l’Assemblée nationale signe une crise de l’impuissance publique. La démocratie réside dans le subtil équilibre du demos et du cratos, le “peuple” et le “pouvoir”, deux pôles qui se menacent l’un l’autre et dont la dualité est maintenue par l’État de droit. Aujourd’hui, je crois que nous souffrons davantage d’un déficit de pouvoir que d’un manque d’inclusion du peuple dans la vie publique. Le malaise vient du fait que la politique n’apparaît plus comme le moyen de maîtriser son destin. Or c’est là une promesse fondamentale de la démocratie. Cette dissolution est un aveu d’impuissance face à cette colère, cette frustration d’une politique ne parvient plus à s’exprimer. Cette impuissance vient des dérives de l’individualisme qui n’est pas une mauvaise chose en soi. L’individualisme, ce n’est pas l’égoïsme. C’est d’abord reconnaître que l’individu est la valeur suprême, ce qui nous a donné la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Cependant, une bascule s’est opérée : le passage des droits de l’homme en société aux droits de l’homme en général, voire aux droits de l’homme contre la société et contre l’État. La séquence de la réforme des retraites l’a bien montré : tout le monde savait que le système n’était pas tenable, mais personne ne voulait d’une solution dont il aurait à pâtir. La politique est en péril quand les droits valent plus que la collectivité. Et c’est ce que montre l’extension sans limite du domaine du droit contre la politique : une hyperinflation de normes et de recours régulièrement dénoncée par le Conseil d’État. Le droit est devenu complexe et insécurisant. Quand vous êtes maire, vous êtes confronté à tellement de règles et de possibilités de recours que vous ne pouvez plus véritablement décider. Les élus ne gouvernent plus, ils font de la gouvernance en commandant des missions à des autorités indépendantes ou à des cabinets de conseil. Le pouvoir politique se dissout comme l’autorité et, finalement, les citoyens se sentent trompés. »

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