États-Unis

Pour ou contre la discrimination positive ? Panorama des arguments philosophiques

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Washington (États-Unis), le 29 juin 2023. Des partisans de la discrimination positive manifestent près de la Cour suprême des États-Unis le jour où celle-ci rend un arrêt faisant jurisprudence, déclarant inconstitutionnels les programmes d’admission fondés sur l’origine ethnique à Harvard et à l’université de Caroline du Nord

Washington (États-Unis), le 29 juin 2023. Des partisans de la discrimination positive manifestent près de la Cour suprême des États-Unis le jour où celle-ci rend un arrêt faisant jurisprudence, déclarant inconstitutionnels les programmes d’admission fondés sur l’origine ethnique à Harvard et à l’université de Caroline du Nord. © Kenny Holston/The New York Times/Redux/REA

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La discrimination positive dans les universités américaines, c’est fini. La Cour suprême a aboli l’initiative mise en place par le président John F. Kennedy en 1961. Un revirement légal qui ne tranche évidemment pas la question – éminemment polémique dans l’Hexagone – de savoir si l’affirmative action est légitime ou pas. Voici ce qu’en disent les philosophes outre-Atlantique.


Jarvis Thomson : un moindre mal

Comment compenser les injustices raciales ou sexistes du passé ? Pour Judith Jarvis Thomson (1929-2020), penseuse essentielle de l’éthique pratique, l’emploi est le nœud du problème, car c’est par le travail que l’individu est reconnu comme membre de la communauté. La discrimination positive à l’embauche n’est pas une solution idéale, mais c’est la meilleure manière de répondre à l’exigence de justice.

“Il convient de souligner que le fait d’opter pour une telle politique [de discrimination positive] ne signifie pas que les jeunes hommes blancs […] soient censés réparer eux-mêmes les torts causés aux Noirs et aux femmes. Dans le cadre d’une telle politique, personne n’est prié de renoncer à un emploi qui est déjà le sien ; l’emploi pour lequel l’homme blanc candidate n’est pas le sien, mais celui de la communauté, et c’est le responsable du recrutement qui l’attribue au Noir ou à la femme au nom de la communauté. Bien sûr, on demande à l’homme blanc de renoncer à ses chances égales d’obtenir le poste. Mais ce n’est pas quelque chose qu’il paie à la personne noire ou à la femme en guise de réparation ; c’est quelque chose que la communauté lui retire afin qu’elle puisse réparer ses torts. Certes, la communauté lui impose un fardeau. Elle ne peut réparer ses torts qu’en lui retirant quelque chose, quelque chose auquel, après tout, nous supposons qu’il a droit. Et pourquoi devrait-il payer le coût de la réparation de la communauté ? S’il existait un moyen approprié pour la communauté de réparer les torts causés aux Noirs et aux femmes, un moyen qui ne nécessite pas de priver quiconque d’une chose à laquelle il a droit, alors c’est cette solution, la meilleure, qu’il faudrait adopter. De même s’il existait un moyen de partager les coûts plutôt que de les imposer entièrement aux jeunes hommes blancs candidats à un emploi […] Mais de fait, la nature des torts commis est telle que l’emploi est la forme de compensation la meilleure et la plus appropriée. Ce qui a été refusé aux Noirs et aux femmes, c’est l’appartenance à part entière à la communauté ; et rien ne peut mieux réparer ce tort que, précisément, ce qui leur donnera le sentiment d’y avoir enfin droit”

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La discrimination positive vue par les Américains