Économie

Pourquoi l’inflation nous angoisse-t-elle ? La réponse de Simmel et Canetti

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Lyon, le 27 janvier 2022. Manifestation interprofessionnelle pour les salaires et l’emploi

Lyon, le 27 janvier 2022. Manifestation interprofessionnelle pour les salaires et l’emploi. © Stéphane Audras/Réa

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L’inflation, poussée par la crise de l’énergie, est l’un des grands sujets de préoccupation des Français depuis plusieurs mois, et depuis la rentrée en particulier. Elle s’élevait à 5,6% en France en septembre. Mais pourquoi donc l’augmentation des prix provoque-t-elle une véritable angoisse existentielle ?

 

Pourquoi donc l’inflation nous panique-t-elle ? La réponse semble, à première vue, aller de soi : quand les prix augmentent, l’individu s’appauvrit ; sa richesse personnelle diminue ; sa capacité à se procurer des biens (et, dans les cas d’inflation extrême, à subvenir à ses besoins vitaux) est mise en péril. L’argent n’est pas seulement un intermédiaire neutre des échanges servant à quantifier la valeur relative des biens les uns par rapport aux autres, selon leur abondance et leur rareté respective, selon le rapport de l’offre et de la demande. Il est aussi une réserve de valeur – la forme sous laquelle chaque individu épargne, accumule le fruit de son travail – qui ne prend sens que par rapport à sa capacité à acheter des biens de consommation.

Or, en cas d’inflation, « l’unité monétaire perd soudainement son identité. […] Les millions […] dans la main de l’individu ne sont plus des millions de fait, ils n’en ont que le nom. […] Du jour au lendemain, un homme peut perdre une grande partie, sinon la totalité, de ce qu’il croyait en sécurité à la banque », écrit Elias Canetti dans Masse et Puissance (1960). Il y a, pour l’individu, des raisons objectives de s’inquiéter de l’inflation. Mais il y a aussi, dans la panique inflationniste, des déterminants psychiques. Certains peuvent sembler très superficiels : « On ne se résout pas facilement à engager pour une marchandise un prix supérieur à celui auquel on est habitué, même si l’on a vu son propre revenu monter entretemps », note Georg Simmel dans sa Philosophie de l’argent (1900). D’autres mobiles sont beaucoup plus profonds.

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