Divergences

Pourquoi y a-t-il des œuvres d’art dont on ne se lasse jamais ?

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Pourquoi y a-t-il des œuvres d’art dont on ne se lasse jamais ?

Vue de Delft (détail) de Johannes Vermeer. Huile sur toile. The Mauritshuis, La Hague, Pays-Bas. © Domaine public

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Les œuvres d’art que nous chérissons le plus ne sont pas toujours les plus belles, ni les plus réussies. Mais alors qu’est-ce qui les rend dignes de notre intérêt permanent, et renouvelé ? Trois penseurs nous en disent plus.


Parce qu’elles s'inscrivent dans le temps long  

Hannah Arendt (1906-1975)


Les œuvres d’art, solution à La Crise de la culture ? Dans son ouvrage du même nom, Hannah Arendt explique que l’art offre une « mmortalité potentielle » face aux bouleversements politiques qui ont marqué le XXe siècle, causant une « perte de la permanence et de la solidité du monde ». Or, il s’agit là d’un « caractère durable dont les êtres humains ont besoin précisément parce qu'ils sont les mortels – les êtres les plus fragiles et les plus futiles que l'on connaisse ». Les œuvres d’art sont au contraire « des objets que chaque civilisation laisse derrière elle comme la quintessence et le témoignage durable de l’esprit qui l’anime ». Les phrases d’un roman ne changent pas, et les traits d’un tableau sont conservés afin de ne pas être modifiés par le temps. Selon Arendt, ces œuvres sortent donc du cadre de la société de consommation, où nous sommes habitués à des objets dont la durée de vie « excède à peine le temps nécessaire à les préparer ». Les œuvres d’art se distinguent puisqu’elles « sont les seules choses à n’avoir aucune fonction dans le processus vital de la société [...], elles ne sont pas fabriquées pour les hommes, mais pour le monde ». Alors que les modes, les mœurs ou les prix changent en permanence, ces œuvres ne changent jamais. Conçues pour la perpétuité, elles sont un havre de stabilité. Le lien émotionnel que nous développons avec elles est tout aussi solide : au milieu d’une vie au rythme effréné, nos œuvres fétiches sont comme des piliers, des compagnons de voyage fidèles qui donnent de la permanence à nos existences. D’où notre angoisse lorsque des militants écologistes tentent d’éclabousser l’immuable avec de la soupe de tomates.

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