Russie / Numérique
Poutine, Sun Tzu et la guerre de l’information
Vladimir Poutine. ©Wang Zhao/AFP
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Cet article est issu du numéro 182 de Philosophie magazine « Être démocrate, c'est quoi ? », en kiosque le 22 août 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Des chercheurs prouvent que le Kremlin a infiltré les réseaux sociaux en amont des dernières élections en France, afin de nourrir la polarisation des opinions et les ferments de la discorde. Une stratégie inspirée de l’antique traité chinois L’Art de la guerre ?
« Minuit moins dix à l’horloge de Poutine ». Sous ce titre romanesque, David Chavalarias, mathématicien et directeur de l’Institut des systèmes complexes de Paris, a mené une étude approfondie des ingérences étrangères au cœur des élections législatives de 2024. Pour ce faire, il a analysé des centaines de millions de messages sur X (ex-Twitter) et observé une montée de la polarisation des opinions amplifiée par des comptes liés au Kremlin. Parmi eux, celui que le chercheur nomme « @FRN ». Sur la période préélectorale, il fait partie des dix comptes français les plus influents, très suivi par des personnes favorables à La France insoumise. Entre le 10 et le 27 juin, comme les semaines qui précèdent, il partage exclusivement des images des massacres perpétrés par le gouvernement de Netanyahou à Gaza. Curieusement, « @FRN » ne s’est pas toujours focalisé sur le sort des Palestiniens. En 2020 et 2021, le compte reprend sans filtre toute la propagande du Kremlin partagée par des utilisateurs proches de l’extrême droite française. Ainsi, « @FRN » nourrit une communauté divisée mais globalement hostile au pouvoir en place. Dans la grammaire des « systèmes complexes », le compte occupe un « point de contrôle », un endroit idéalement connecté pour « moduler le débat politico-sociétal en France ». C’est précisément dans ces zones que l’on trouve des profils liés à la Russie, aidés par des campagnes intensives d’« astroturfing », soit l’amplification artificielle d’une idée par la création d’une foule factice.