Covid-19

Quand Emmanuel Macron invente la stratégie de l’emmerdement

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Quand Emmanuel Macron invente la stratégie de l’emmerdement

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Avec sa formule choc disant son désir d’« emmerder les non-vaccinés », le président Macron n’a pas seulement provoqué un séisme politique et médiatique. Il a ouvert une nouvelle voie d’attitude face aux non-vaccinés, qui n’est ni l’incitation, ni la contrainte, mais la stigmatisation souriante. Analyse de ce verbe riche de significations.

 

Au sens propre (sic), qui date du XIVe siècle, emmerder signifie couvrir quelque chose ou quelqu’un d’excréments. L’intention en est de salir, de couvrir de honte, donc de stigmatiser. À partir du XVIIe siècle, le terme prend d’ailleurs son sens figuré. Tout comme le stigmate (στίγμα) inventé par les Grecs pour indiquer le déshonneur et la disgrâce d’une personne par des marques corporelles, emmerder quelqu’un, symboliquement, vise à l’exclure du groupe en le rendant visible et répugnant. Pour le sociologue américano-canadien Erving Goffman, auteur de Stigmate (1963), une enquête sur les usages sociaux du handicap, celui qui est marqué du sceau de l’infamie « cesse d’être pour nous une personne accomplie et ordinaire, et tombe au rang d’individu vicié ». La stigmatisation qui discrédite autrui est malheureusement banale dans la société. Mais ici c’est le représentant des Français, le président, qui entre dans ce que Goffman appelle « le jeu de la différence honteuse ».

Emmerder signifie également déranger, contrarier, importuner, ne pas laisser en paix. Quand le président indique qu’« on va continuer de le faire, jusqu’au bout, c’est ça la stratégie », il insiste sur une notion de durée déjà impliquée dans le verbe. Il s’agit de pointer du doigt les non-vaccinés, mais aussi de leur rendre la vie plus difficile : « Vous ne pourrez plus aller au resto, vous ne pourrez plus prendre un canon, vous ne pourrez plus aller boire un café, vous ne pourrez plus aller au théâtre, vous ne pourrez plus aller au ciné », selon les mots d’Emmanuel Macron. C’est à une sorte de guérilla que dit se livrer l’État contre la minorité de personnes non vaccinées, jusqu’à leur reddition complète. Le terme familier adoucit évidemment la métaphore guerrière, mais cette familiarité, précisément, crée une atmosphère de brutalité un peu bonhomme.

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