Finance / Éthique
Quand les banquiers prêtent… serment
Le Prêteur et sa femme (1514) par Quentin Metsys (1456/1466–1530) (cc) Mael vreizh / Wikimedia Commons
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Cet article est issu du numéro 87 de Philosophie magazine « Guide d’autodéfense contre le fanatisme », en kiosque le 16 février 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les banquiers néerlandais se sont dotés d’un code d’honneur depuis le 1er janvier 2015. Cette innovation déontologique suffira-t-elle à restaurer la confiance en cette profession ?
Et si les banquiers s’engageaient à être honnêtes ? Ne riez pas, c’est chose faite aux Pays-Bas. Sur Dieu ou sur l’honneur, ils sont près de 90 000 à prêter serment depuis le 1er janvier 2015. Largement inspiré de celui d’Hippocrate, ce serment contient huit articles. Les banquiers jurent de donner la priorité à l’intérêt de leurs clients, de remplir leurs « devoirs avec intégrité » et de s’efforcer « de promouvoir la confiance dans le secteur financier ». Comme les médecins, ils s’engagent à ne pas abuser de leur savoir, à observer une clause de confidentialité et à agir avec transparence.
Les professions qui se dotent d’un code d’honneur partagent en principe la charge d’un bien commun : par serment, les médecins jurent de préserver la vie ; les avocats, d’agir avec « indépendance, probité et humanité » pour le droit d’être défendu. De quel intérêt commun les banquiers néerlandais se piquent-ils donc ? De la stabilité économique de la société. En reconnaissant l’« imputabilité » de leurs actions, ils tranchent pour une certaine vision éthique des affaires, assumant leur responsabilité en ne rejetant pas la faute sur le « système », comme en 2008. En promettant de considérer les intérêts de tous – celui « des clients, des actionnaires, des employés et de la société dans laquelle la firme fonctionne » –, ils adoptent la théorie des « parties prenantes », contre l’option de l’économiste Milton Friedman (1912-2006), selon laquelle « l’unique responsabilité sociale de l’entreprise est d’accroître ses profits », donc de servir ses actionnaires.