Trois questions à l'Amérique
2_Le serment d’allégeance
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Cet article est issu du numéro 9 de Philosophie magazine « 9 - mai 2007 », en kiosque le 26 avril 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Spécialiste de philosophie du droit, Ronald Dworkin dénoue les liens entre le religieux et le politique qui caractérisent la démocratie américaine. Après un premier volet consacré au créationnisme, il s’intéresse cette fois au serment d’allégeance des citoyens américains, avant d’aborder, le mois prochain, la question du mariage gay.
Un autre problème suscite aujourd’hui la controverse en Amérique : le serment d’allégeance. Il s’agit d’un serment officiel de fidélité politique que l’on récite traditionnellement dans les écoles et à l’occasion de certaines cérémonies. En 1954, à la suite d’une campagne des chevaliers de Christophe Colomb [ordre catholique laïc d’Amérique du Nord fondé en 1882, Ndlr], le Congrès ajouta au serment rituel [« Je jure fidélité à mon drapeau et à la République qu’il incarne : une nation unie, indivisible, avec la liberté et la justice pour tous », Ndlr] une déclaration religieuse relativement œcuménique : le serment précise désormais que l’Amérique est « une nation sous le regard de Dieu ». Le serment est volontaire : la Cour suprême a tranché il y a longtemps, avant même l’ajout de cette référence à Dieu, qu’on ne pouvait forcer les écoliers à le réciter. De nombreux esprits religieux soutiennent la référence à Dieu dans le serment officiel parce que, selon eux, elle symbolise en même temps qu’elle accomplit l’indispensable fusion de la religion et du patriotisme. Ils font valoir que, puisque personne n’est tenu de réciter le serment officiel, nul n’est forcé d’accomplir un acte en contradiction avec sa conscience. Sans doute reconnaîtraient-ils qu’un Américain gardant le silence au milieu d’une foule qui récite le serment se sent étranger. Ce n’en est pas moins son choix : s’il ne peut souscrire à cette approbation œcuménique du monothéisme, il est un étranger, et il n’y aucun mal à le rappeler – à lui comme à tous les autres.