Les clés d’un classique
Qu’est-ce que la conscience morale ? Un extrait de l’œuvre de Vladimir Jankélévitch commenté
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Cet article est issu du numéro 185 de Philosophie magazine « Que puis-je savoir de l’autre ? », en kiosque le 05 décembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La conscience morale se manifeste à travers la douleur du remords. Pour Jankélévitch, c’est par cette expérience de « réveil » de la conscience que nous nous découvrons responsables de nos actes.
L’extrait
« La conscience morale n’est pas une chose particulière dans l’esprit comme la couleur bleue, l’association des idées ou l’amour des femmes. La conscience morale n’existe pas. * Mais nous découvrons notre conscience-propre le jour où certaines actions qui sont légales, ou indifférentes, ou même impeccables, ou permises par la police * nous inspirent un dégoût insurmontable : alors une voix, comme disent les théologiens, remurmure * en nous contre l’éventualité honteuse. La conscience n’est rien en dehors des sentiments cruels qui la manifestent. Pourtant la conscience n’est pas cette douleur déterminée, cette crise morale : bien au contraire c’est elle qui explique les crises intermittentes du consciencieux, * comme c’est la tendance amoureuse qui explique les émotions, les plaisirs et les extases de l’amant. […] La plupart des hommes ont ainsi une conscience sans le savoir, mais ils la découvriront un jour parce qu’on aura blessé en eux quelque chose qui leur était cher, parce qu’une certaine façon d’agir les aura scandalisés * ou, comme on dit, “choqués”. En chacun de nous il s’établit comme un seuil de moralité, une sorte de niveau moyen en deçà duquel il n’y a pas encore de conscience en acte. »