“Qu’est-ce qu’un bon groupe ? Comment fonctionne un bon groupe”

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Cet article est issu du numéro 100 de Philosophie magazine « Qu’est-ce que la philosophie ? », en kiosque le 26 mai 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Question de Christina Pastor.

Avant de vous répondre, rappelons ce que dit Freud de manière décisive dans Malaise dans la civilisation. Ce qui est bon pour une société n’est pas ce qui est bon pour l’individu. Ce qui est bon pour une société, c’est le respect automatique des normes. Ce qui est bon pour l’individu, c’est l’expression de sa singularité. Il y aura ainsi toujours un « malaise »… J’aurais donc envie de vous répondre qu’un bon groupe, qu’il s’agisse d’une équipe de foot, d’un groupe de musique ou d’une société, est d’abord un groupe qui n’écrase pas trop les singularités. Mieux : un groupe qui soit, pour tous les talents singuliers le composant, une occasion d’expression et de développement. Mais cette réponse est incomplète, car il faut aussi que ce groupe fonctionne en tant que groupe. On a vu souvent des équipes de foot fonctionner très bien en tant qu’équipes et en battre d’autres composées de stars jouant trop « perso » pour constituer vraiment une équipe. Il n’est pas rare qu’une équipe soit comme libérée dans son talent collectif par l’absence ou la blessure d’une star trop envahissante… Le groupe idéal serait donc celui qui réussit à la fois à fonctionner en tant que tout et à être le vecteur du développement des individualités. La démocratie athénienne telle que la concevait Aristote aurait pu ressembler à cela. Une société qui fonctionne bien, un processus efficace de prise de décision collective en même temps qu’une occasion pour les individus d’actualiser le langage, la raison et la fraternité. Malheureusement, le réel des groupes ressemble plus souvent à ce qu’en chantait Brassens : « sitôt qu’on est plus de quatre on est une bande de cons »… Le risque est là, attesté par le XXe siècle plus encore que par tous les siècles passés : la régression collective. Les hommes, en groupe, firent preuve d’une bestialité dont aucun animal, même de meute, ne sera jamais capable. Il y a de quoi être individualiste… Comment penser le groupe, l’« être-ensemble », pour qu’il soit le meilleur possible ? Comment éviter que l’effet de groupe n’avilisse les individus, ne les rende capables du pire ? Peut-être en concevant un groupe davantage comme un groupe de recherche que comme un groupement identitaire. Mettons en commun nos doutes plus que nos identités, notre désir plus que nos certitudes, et nous éloignerons déjà un peu le risque de la violence, de l’exclusion de l’autre, de la régression collective. Il faut probablement que chacun soit un peu moins que lui-même, point trop collé à son « identité », pour que le tout puisse au moins espérer être supérieur à la somme des parties. Un bon groupe, ce serait alors, comme le disait Rousseau, ce qui s’approche plus dans une mystique que dans une arithmétique.

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