Société / Réforme des retraites

Qui voudrait renoncer au reste de la vie ?

Temps de lecture : 3 min

Qui voudrait renoncer au reste de la vie ?

Journée de mobilisation générale contre la reforme des retraites voulue par le gouvernement du premier ministre Édouard Philippe et du Président Macron. Paris, 5 Décembre 2019. © Benjamin Mengelle / Hans Lucas / AFP

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 166 de Philosophie magazine « Préférons-nous l’ordre ou le désordre ? », en kiosque le 12 janvier 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le recul de l’âge de la retraite pose un problème de justice sociale, l’espérance de vie étant inégalement répartie, mais il vient aussi remettre en question la possibilité de rejouer ce que l’on est, après le travail et hors de lui.

 

« Ce n’est pas parce qu’on a un pied dans la tombe qu’il faut se laisser marcher sur l’autre » : cet aphorisme de l’écrivain François Mauriac pourrait servir de slogan aux actifs qui ne manqueront pas de s’opposer à la réforme des retraites dans les semaines qui viennent. Outre la suppression de plusieurs régimes spéciaux et les incertitudes qui planent sur l’effectivité de la prise en compte de la pénibilité de certaines professions, le point névralgique de la réforme est l’allongement de la durée du travail, l’âge de la retraite devant être progressivement porté à 64 ou 65 ans pour ceux qui sont nés après 1969.

Du point de vue social, cet allongement de la durée de la vie active pose un problème d’injustice entre les classes. D’après les chiffres de l’Insee, plus on est aisé, plus l’espérance de vie est élevée. Celle-ci est de 84,4 ans chez les 5 % les plus riches, contre 71,7 ans chez les 5 % les plus modestes – soit un écart de 13 années. Ces chiffres recoupent le fossé entre les ouvriers et les cadres, ces derniers vivant en moyenne 6,3 ans de plus. Ainsi, la réforme donne la possibilité de se reposer ou de profiter de la somme de tous les efforts accomplis au cours d’une vie… principalement à ceux qui ont le moins souffert de conditions précaires ou de la dureté du travail !

Cet article est réservé aux abonnés