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Reconversion

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Reconversion

© Anika Molnar / Netflix

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Cet article est issu du numéro 140 de Philosophie magazine « 140 - juillet 2020 », en kiosque le 18 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

“Unorthodox”, série en quatre épisodes visible sur Netflix, raconte la fuite de son héroïne hors de sa communauté juive orthodoxe. Une quête de liberté et d'identité face au poids de la mémoire et des traditions.

Ce devait être l’un des programmes phares du festival Séries Mania, fin mars, avant son annulation : Unorthodox connaît malgré tout le succès sur Netflix. Inspirée par l’autobiographie de l’écrivaine Deborah Feldman (Unorthodox: The Scandalous Rejection of My Hasidic Roots, dont la traduction est prévue cet été en édition numérique chez HLAB), cette série germano-américaine en quatre épisodes retrace le parcours d’Esther « Esty » Shapiro, remarquablement interprétée par Shira Haas. Après un mariage arrangé dans la communauté Satmar, cette jeune femme s’exfiltre. Elle fuit la vie ultra-orthodoxe de son enclave juive du quartier new-yorkais de Williamsburg pour Berlin. Ce récit de « reconversion » est également un récit de formation. Car, en rejoignant la capitale allemande, elle trouve non pas simplement une ville réputée pour sa libéralité, mais la possibilité d’un rapport à l’histoire qui, comme le rappelle le philosophe Paul Ricœur, permet de corriger les abus de la mémoire. Ici, bien que traquée par les siens, elle peut se forger une identité personnelle, totalement empêchée par le poids écrasant de la mémoire collective dans la communauté hassidique. Cette métamorphose, une scène la rend sensible : lorsque, accompagnée de nouveaux amis, Esty est invitée à se baigner dans le lac Wannsee, où fut décidée en 1942 l’extermination des Juifs d’Europe. Après une hésitation, elle s’y plonge comme elle se plongeait dans la mikvé, un bain de purification dans la tradition juive. Une façon métaphorique de s’approprier l’histoire, dans la mémoire et dans l’oubli.

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