Repérages / Spécial Covid-19
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Cet article est issu du numéro 138 de Philosophie magazine « 138 - avril / mai 2020 », en kiosque le 26 mars 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
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“Spiderman” et l’escalade de la peur
La vision de cet homme qui gravit à mains nues cet immense gratte-ciel vous soulève d’effroi ? Eh bien, vous ne devriez pas céder à la peur, et ce d’après le principal intéressé. Le 4 mars dernier, Alain Robert, surnommé « le Spiderman français », a escaladé sans dispositif de sécurité la Tour Glòries, située à Barcelone et haute de 145 mètres. Comme il en est coutumier, Robert avait un message à faire passer. « Aujourd’hui, qu’est-ce qui est le plus contagieux ? Ce n’est pas le coronavirus, c’est la peur, a-t-il déclaré à l’AFP. Il y a probablement trois milliards d’individus qui sont en train de flipper par rapport à cette maladie que, finalement, on ne contrôle pas. » Robert, qu’on imaginait nietzschéen, se révèle ici stoïcien. Figure du stoïcisme antique, Épictète fait une distinction cardinale entre « ce qui dépend de nous », les facultés de l’âme, et « ce qui ne dépend pas de nous », domaine qui comprend notamment ce qui survient dans le monde. Les événements échappent à notre pouvoir, mais ce que nous pouvons faire, c’est chasser les représentations anxiogènes qu’ils occasionnent et qui sont à la source de nos émotions. Exemple d’Épictète dans les Entretiens : lorsqu’un bateau coule, au lieu de paniquer, le passager doit se dire que la mort n’est pas si terrible et « [se] noyer sans peur »… Pour revenir au « Spiderman français » : il est stoïcien au sens où, face à une épidémie individuellement incontrôlable, il appelle à se concentrer sur ce qui est à notre portée, la maîtrise de la peur. De son côté, Alain Robert se place dans des situations de frayeur extrême pour mieux la dompter. De là à l’imiter face au coronavirus…