Édito

Rester de glace dans le feu

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Rester de glace dans le feu

© Charles Berberian pour PM

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Cet article est issu du numéro 98 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’être fort ? », en kiosque le 24 mars 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Essayons d’imaginer le corps d’un jeune homme fort et celui d’un vieillard fort. D’un côté, des muscles ronds, une peau ferme, un corps tout en nervosité et en détente, à la démarche élastique, aux réactions instantanées, aux gestes qui tranchent. De l’autre, une peau plissée et tavelée, un dos peut-être voûté, une démarche ralentie, mais d’une lenteur qui appartient en propre à tout ce qui a eu le temps d’éprouver pleinement sa solidité, comme le tronc d’arbre ou le roc. Voilà, pour le dire vite, les deux images de la force qui s’imposent assez spontanément à nous. Tantôt la force se présente comme activité, tantôt comme passivité. Tantôt elle se traduit par de l’explosivité, tantôt par de l’endurance. Tantôt elle est primesautière, tantôt elle est sans âge.

Et il n’est pas évident de départager ces deux modèles, de savoir quel type de force est davantage digne d’estime : est-ce que celui qui sort vainqueur d’une bagarre est plus ou moins vaillant que celui qui encaisse pendant des années le pouvoir d’un petit chef sans se laisser amoindrir ? Est-ce que celui qui risque sa vie sur le champ de bataille, ou plus communément aujourd’hui en pratiquant des sports à risque, est plus ou moins courageux que celui qui traverse l’épreuve de la mort de l’autre et supporte un deuil ? Les deux pôles, passif et actif, défensif et offensif, de la force, ne sont pas seulement des images hors de nous, ils ne se saisissent pas seulement à travers des exemples. En fait, nous oscillons nous-mêmes, suivant les circonstances, entre ces deux façons de mettre en jeu notre vitalité, nous avons alternativement besoin de l’une ou de l’autre.

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