Dossier / Qu’est-ce qui nous rend courageux ?

Révélez-vous !

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Révélez-vous !

© Gerd Altman/Pixabay

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Cet article est issu du numéro 159 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qui nous rend courageux ? », en kiosque le 05 mai 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Et si le courage était moins la vertu guerrière et personnelle louée par le récit des grandes actions qu’une disposition collective liée à un contexte, la révélation fortuite d’un sujet au contact d’une situation ? Une hypothèse confirmée par des exemples récents, où l’héroïsme consiste d’abord à sauver une certaine idée de ce que nous sommes.

 

Qu’aurait-on fait à leur place ? C’est la question que chacun se pose en voyant les Ukrainiens partis combattre, ceux qui restent malgré les bombes comme ceux qui se sont engagés sur la route de l’exil, en laissant tout derrière eux. C’est aussi celle qui nous vient devant les manifestants de Saint-Pétersbourg ou de Moscou, qui descendent dans la rue avec une brosse à dents dans leur sac, sachant qu’ils seront arrêtés et passeront la nuit en prison. Mais cette question est doublée d’une autre plus abyssale encore : quand se sont-ils décidés à agir, eux que rien ne préparait à affronter les implications de la guerre ? Considéré au mieux comme un électron libre populiste, au pire comme un pantin des oligarques, Volodymyr Zelensky n’a pas fui à la première occasion et n’a jamais plié sous la menace. Mieux, il a aussitôt fait un choix qui a pris la forme d’une décision irréversible, se présentant en véritable chef de guerre prêt à risquer sa vie pour inspirer tout un peuple. « Le combat est ici, j’ai besoin de munitions, pas d’un taxi », a-t-il ainsi répliqué au gouvernement américain qui proposait de l’exfiltrer. Où a-t-il puisé cette volonté sans faille ? Portait-il en lui ce courage a priori ou s’est-il inventé dans la crise ? Examinons un autre exemple, du côté russe : la journaliste Marina Ovsiannikova, lors du populaire journal du soir, a surgi sur le plateau avec une pancarte dépliée, révélant le mensonge officiel des médias : « Ne croyez pas à la propagande. Ils vous mentent ici. Les Russes contre la guerre ». Ce jour-là, elle a eu le courage de dire la vérité sachant risquer quinze ans de prison, et quitte à mettre en péril sa vie, celle de sa famille et de ses enfants. Elle avait au préalable enregistré un message vidéo, dans lequel elle faisait part de sa prise de conscience : « Malheureusement, ces dernières années, j’ai travaillé sur la Première chaîne, en faisant la propagande du Kremlin, et j’en ai maintenant très honte. J’ai honte d’avoir laissé raconter des mensonges sur les écrans de télévision. J’ai honte d’avoir permis de zombifier les Russes. »

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