Hors-série "La puissance des femmes"
Rosa Luxemburg ou "Rosa la rouge"
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Cet article est issu du Hors-série n°N° 43 de Philosophie magazine « La Puissance des Femmes. Une autre histoire de la pensée », en kiosque le 17 octobre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Incarnation d’une intelligence en action, Rosa Luxemburg a voué sa vie à l’avènement de l’idéal socialiste, jusqu’à en périr. Hostile au centralisme démocratique, antimilitariste, critique du pouvoir autocratique de Lénine, elle n’a jamais tu ses désaccords avec ses camarades de lutte.
Rosa Luxemburg naît le 5 mars 1871 à Zamosc (Pologne actuelle, annexée à l’Empire russe à l’époque). Elle est la cinquième enfant d’une famille juive aisée. À l’âge de 5 ans, on lui diagnostique par erreur une tuberculose osseuse : elle passe une année au lit, une jambe dans le plâtre. C’est l’origine de sa célèbre claudication. En 1880, elle entre dans un lycée de jeunes filles à Varsovie, puis rejoint, après une scolarité brillante, une organisation socialiste clandestine, avant d’émigrer en Suisse, où se regroupent de nombreux révolutionnaires exilés. Elle y rencontre Leo Jogiches, communiste juif polonais avec lequel elle entame une liaison. Celui-ci la pousse à étudier l’économie, la philosophie et le droit. Ensemble, ils fondent la Social-Démocratie du Royaume de Pologne, en opposition au Parti socialiste polonais : le but n’est pas pour elle l’indépendance de la Pologne, car elle voit dans les nationalismes une manière de diviser le prolétariat. L’objectif est d’abord le renversement du régime tsariste. Luxemburg représente, en ce sens, une veine internationaliste des luttes socialistes.
En 1897, faite docteure en économie de l’université de Zurich, elle s’installe à Berlin et commence à tisser des liens avec les membres du SPD, le parti socialiste allemand – elle se lie notamment avec Karl Kautsky (théoricien marxiste, secrétaire d’Engels) et Clara Zetkin (femme politique marxiste allemande, figure historique du féminisme socialiste). Sa participation active à la querelle réformiste qui traverse le parti, en 1898, contribue à sa notoriété : à Eduard Bernstein, théoricien socialiste allemand, qui préconisait l’abandon de la logique révolutionnaire et l’élargissement des luttes aux classes moyennes, Luxemburg oppose une fin de non-recevoir dans sept articles, rassemblés sous le titre Réforme sociale ou Révolution ? Remarquée pour son énergie, elle intègre bientôt le Bureau socialiste international, organe de coordination de l’Internationale ouvrière.