États-Unis/Société
Sex Academy
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Cet article est issu du numéro 123 de Philosophie magazine « 123 - octobre 2018 », en kiosque le 24 septembre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Accusée par un doctorant de harcèlement sexuel, la philosophe queer Avital Ronell est ébranlée par une procédure mise en place…pour défendre les femmes.
« Je travaille peut-être sur des choses qui mêlent haine et amour », confiait Avital Ronell, traductrice de Jacques Derrida, militante féministe entretenant un rapport décomplexé à la philosophie. Elle en paie aujourd’hui les frais. L’universitaire américaine queer est accusée d’avoir harcelé l’un de ses doctorants, ouvertement gay. Elle lui aurait donné du « my most adored one » (« mon très adoré »), du « sweet cuddly baby » (« mon petit bébé câlin »), du « cock-er spaniel » («mon cocker », avec un jeu de mots sur cock – « bite »). Elle aurait tenté à maintes reprises de l’embrasser. Nimrod Reitman, son ex-étudiant de trente-deux ans son cadet, désormais enseignant chercheur invité à Harvard, l’accuse de harcèlement sexuel. À sa demande, l’Université de New York a ouvert une enquête, respectant un règlement initialement institué pour protéger les femmes et promouvoir l’égalité de genre. Amendement voté en 1972, le Title IX proscrit toute discrimination sexuelle dans les programmes éducatifs. En l’occurrence, Reitman aurait bien vu l’avancée de ses recherches et sa carrière conditionnées aux avances de Ronell, si bien que, à l’issue d’une enquête de onze mois, la philosophe a été reconnue responsable de harcèlement sexuel. Son comportement aurait été « suffisamment envahissant pour altérer les termes et les conditions de l’environnement d’apprentissage de M. Reitman ». Sanction : une suspension d’un an, sans traitement.