Coup de fil

Sexualité, Dieu, guerre… Ce que contiennent les notes cryptées de Wittgenstein

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Ludwig Wittgenstein, non daté

Ludwig Wittgenstein, non daté. © Domaine public

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Dans son journal privé écrit pendant la Première Guerre mondiale, Ludwig Wittgenstein écrivit à droite sa pensée philosophique qui a servi de prémices au Tractatus logico-philosophicus (1921) et, à gauche, dans un langage crypté, les détails de sa vie personnelle, ainsi que ses doutes et ses angoisses, mais aussi son rapport tourmenté à la sexualité. Marjorie Perloff, critique littéraire austro-américaine et professeur émérite en humanities à l’université Stanford (États-Unis), a pour la première fois traduit en anglais cette partie encodée, restée secrète pendant des années. Elle en parle à Philosophie magazine.

 

 

Comment expliquer que le journal privé de Wittgenstein ait été traduit si tardivement, alors qu’il a été rédigé il y a plus d’un siècle ?

Marjorie Perloff : En 1951, date de la mort de Wittgenstein, une seule œuvre de ce dernier avait été publiée, le Tractactus logico-philosophicus. Ce philosophe contemporain laissait environ 20 000 pages de manuscrits non publiés. Ce corpus a été légué à d’anciens étudiants et amis du philosophe, Rush Rhees, Elizabeth Anscombe et Georg Henrik von Wright. Parmi ces écrits figurait son journal privé. Chaque jour, alors qu’il était un jeune soldat qui venait de s’engager dans l’armée autrichienne pendant la Première guerre mondiale, Wittgenstein notait dans ce carnet ses pensées et ses remarques personnelles. La partie droite, le recto, a été publiée en anglais dès 1961 et elle contenait déjà certaines des idées qui ont donné lieu à son chef-d’œuvre, le Tractactus. En revanche, la partie verso du carnet, c’est-à-dire la gauche, est restée secrète et non traduite pendant des années. Pour la rédiger, Wittgenstein utilisait un code qu’il a appris pendant qu’il était enfant. Ce code, assez simple, consistait à renverser les lettres de l’alphabet. A devient Z, B devient Y, C devient X et ainsi de suite… Wittgenstein y écrivait des détails de sa vie personnelle, comme des éléments sur sa vie sexuelle, son orientation homosexuelle, ses relations avec ses camarades de l’armée, ses angoisses et ses doutes, etc. En 1961, Rush Rhees et Elizabeth Anscombe ont décidé de ne pas la publier car l’homosexualité restait encore un sujet tabou dans la société. En 2005, une équipe d’universitaire de l’université de Bergen connue sous le nom de Nachlass et menée par Alois Pichler, l’un des spécialistes mondiaux de Wittgenstein, a décodé ce verso et a rendu la version originale en allemand accessible à tous, en ligne. Je me suis à mon tour lancée dans la traduction de cette version en anglais. Je tiens cependant à dire que je ne suis pas philosophe, mais critique de littérature. J’avais déjà écrit un livre sur la poésie de ce génie, il y a plus de vingt ans.

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