Si seulement le temps s’arrêtait

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© Charles Berberian

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Cet article est issu du numéro 116 de Philosophie magazine « Peut-on désirer sans dominer ? », en kiosque le 11 janvier 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Il me semble que la solution au « problème de la sexualité », que chacun cherche si ardemment, pourrait résider dans la réalisation de ce fantasme. Imaginez. Vous êtes dans un lieu public assez fréquenté. Une gare ou une station de métro à l’heure de pointe. Une rue piétonne un samedi soir. Ou un théâtre, un jour de première. Soudain, le temps s’arrête. Ou plus exactement, humains et machines se figent autour de vous, les aiguilles de votre montre se bloquent, sauf qu’au milieu de ces statues de sel, vous restez mobile, éveillé. Vous avez été épargné par un gigantesque arrêt sur image provoqué par quelque malin génie farceur. Et vous avez le pouvoir de faire revenir n’importe quelle personne au mouvement, à seule fin de vivre un moment de désir et de plaisir avec elle, hors du temps. Vous commencez cette quête, sans doute, en vous dirigeant vers les silhouettes les plus attractives, les êtres qui correspondent à des critères de beauté évidents. Mais assez vite, votre curiosité s’agace. Alors, vous tentez d’autres expériences, avec des partenaires qui ont un défaut troublant, dont l’expression exprime une blessure ou une intensité spéciale, ou des plus timides, des plus âgés, des gens très différents de ceux que vous côtoyez d’habitude – et qui vous paraissent attirants par cela même qu’ils sont extérieurs à votre cercle de relations sociales, qu’ils se présentent à vous comme étrangers.

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