Le classique subjectif

Simone de Beauvoir commentée par Kate Kirkpatrick

Temps de lecture : 2 min

Cet article est issu du numéro 148 de Philosophie magazine, en kiosque le 25 mars 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’extrait de Simone de Beauvoir

« C’est parce que ma subjectivité n’est pas inertie, repliement sur soi, séparation, mais au contraire mouvement vers l’autre, que la différence entre l’autre et moi s’abolit et que je peux appeler l’autre mien ; le lien qui m’unit à l’autre, moi seul peux le créer ; je le crée du fait que je ne suis pas une chose mais un projet de moi vers l’autre, une transcendance. » 

Pyrrhus et Cinéas, 1944, Folio essais, Gallimard, p. 210.

 

 

Le commentaire de Kate Kirkpatrick

« Beauvoir a souvent été présentée comme philosophiquement dans l’ombre de Sartre : elle n’aurait pas de pensée propre, se serait contentée de reprendre les questionnements sartriens. À l’inverse, une certaine tradition féministe présente Sartre comme celui qui s’est approprié les intuitions de Beauvoir. C’est une façon très individualiste de traiter la question de la propriété intellectuelle. En réalité, c’est plus complexe que cela. Beauvoir et Sartre auraient été des figures beaucoup moins importantes individuellement, s’ils n’avaient pas été là l’un pour l’autre. Je ne crois donc pas que Sartre lui ait volé quoi que ce soit. D’après les conversations qu’elle rapporte, leurs discussions aboutissaient à quelque chose de très différent des pensées qui vous viennent quand vous réfléchissez tout seul dans votre coin. Elle a donc bien sa propre philosophie existentialiste, à distinguer de celle de Sartre, mais en dialogue constant avec elle. Pour Beauvoir, la liberté est la valeur sur laquelle toutes les autres devraient reposer. Mais contrairement à Sartre, cette liberté n’est pas envisagée d’un point de vue strictement individuel. Il s’agit toujours de travailler à augmenter sa propre liberté en même temps que celle des autres. »