La philo à l'écran
Thomas Scanlon, le philosophe qui inspire la série “The Good Place”
Image tirée de la série The Good Place, avec, à gauche, le personnage de Chidi Anagonye (incarné par William Jackson Harper et inspiré par le philosophe Thomas Scanlon). © Colleen Hayes-2017 NBCUniversal Media, LLC
Il est rare qu’un philosophe contemporain devienne un personnage de série. Mieux encore, que sa théorie donne son nom à un épisode et que des héros utilisent ses principes moraux pour justifier leur action. C’est pourtant ce qui est arrivé au philosophe américain Thomas Scanlon, devenu, sous le nom de « Chidi Anagonye » (à gauche sur la photo), l’un des personnages principaux de la série The Good Place. Au sein de ce « bon endroit », des personnages à la moralité irréprochable se retrouvent au paradis, après leur mort, et rencontrent leur âme sœur. Problème, l’âme sœur de Chidi/Scanlon, Eleanor, semble être arrivée ici par erreur, puisqu’elle a passé sa vie à se comporter comme une ordure égoïste – de son propre aveu. Prise d’affection pour le philosophe, elle cherchera néanmoins auprès de lui des conseils pour s’améliorer moralement : jeu auquel il se prête volontiers et qui constitue d’ailleurs l’un des ressorts comiques de la série, puisque la jeune femme est loin d’être une élève parfaite...
À l’évidence, Michael Schur, l’un des scénaristes, connaît parfaitement la philosophie morale : dans une scène, on voit Chidi/Scanlon s’agiter devant un tableau noir sur lequel figurent les noms de Peter Singer, de Derek Parfit et, au-dessous de celui de John Locke, Thomas Scanlon. C’est qu’en s’intéressant à « ce que nous nous devons les uns aux autres », le philosophe américain examine une question morale qui touche chacun d’entre nous, dans sa vie concrète. Sur quels principes devons-nous fonder nos actions ? Quelle importance pratique faut-il accorder à nos jugements moraux ? Pour Thomas Scanlon, nos motivations relèvent de « raisons que nous nous devons les uns aux autres ». Il expose les grandes lignes de sa pensée dans What We Owe to Each Other (publié en 1998, hélas ! non traduit en français). Scanlon est également un spécialiste des questions liées à la liberté d’expression et à l’intégration. Découvrons sa pensée.