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Vulnérabilité
Cet article est issu du numéro 149 de Philosophie magazine, en kiosque le 29 avril 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Faiblesse du corps ou force de l’esprit ? Cinq penseurs s’exposent.
Sénèque (4 av. J.-C.-65 apr. J.-C.)
Connaître son point faible pour le protéger davantage. » Tel est le mot d’ordre du stoïcien pour lequel nos passions sont autant d’occasions d’être blessé. Chacun possède son talon d’Achille et doit s’empresser de le trouver, car « tous les hommes ne sont pas vulnérables de la même façon », avertit Sénèque.
Emmanuel Kant (1724-1804)
Se contredire et n’être pas compris sont les risques et les faiblesses de quiconque s’essaie à penser. Mais, si « tout traité philosophique est vulnérable par quelque côté isolé (car il ne saurait être aussi bien cuirassé qu’un traité mathématique) », la cohérence d’ensemble d’un raisonnement nous sauve. Ne craignons pas d’être réfutés !
Friedrich Nietzsche (1844-1900)
Malade chronique, il entend se libérer de ce qui nous affaiblit, comme les fausses valeurs et le ressentiment. Aux espoirs fragiles et aux rêves de jeunesse, vite abîmés par la civilisation, il oppose « quelque chose d’invulnérable, quelque chose qu’on ne peut enterrer et qui fait sauter les rochers : cela s’appelle ma volonté ».
Emmanuel Levinas (1906-1995)
Levinas tire de notre vulnérabilité une éthique, montrant que « le visage est exposé […] nous invitant à un acte de violence. En même temps, le visage est ce qui nous interdit de tuer ». En s’exposant ainsi dans sa nudité, autrui m’oblige : il me rappelle à ma condition mais me renvoie aussi à mon infinie responsabilité.
Martha Nussbaum (1947-)
Pour la philosophe, la vulnérabilité est autant affaire d’éthique que de politique : si elle est la condition de l’homme moderne, il faut en effet redistribuer les biens matériels « de telle sorte que chaque citoyen les possède en quantité suffisante » et puisse acquérir une autonomie réelle. Ce qu’elle appelle les « capabilités ».