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Le travail nous fait-il perdre notre temps ?

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Cet article est issu du numéro 149 de Philosophie magazine, en kiosque le 29 avril 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Analyse des termes du sujet

« Le travail »

L’activité nécessaire à la survie, l’emploi, l’effort, l’œuvre.

« nous fait-il perdre notre temps »

Est inutile, improductif, réduit notre durée de vie.

 

Défrichage

Premières intuitions

Lorsqu’on parle des activités salariées que nous exerçons, on dit que travailler, c’est « gagner sa vie ». Le salaire reçu est en effet ce qui nous permettra de vivre : nous loger, nous nourrir, nous vêtir, etc. Comment le temps travaillé pourrait-il alors être perdu, puisque, au contraire, c’est du temps utile, productif et nécessaire ? 

Mais on ne dit pas seulement que travailler, c’est gagner sa vie. On dit aussi qu’on perd sa vie à la gagner. Le temps que j’utilise en travaillant est autant de temps perdu, parce qu’il n’est plus disponible pour autre chose et parce que sa pénibilité m’use et grignote mon espérance de vie…

En effet, le temps n’est pas extensible à l’infini. Dès lors, le travail ne nous fait-il pas perdre du temps pour d’autres activités, plus satisfaisantes ? N’aurions-nous pas mieux à faire que travailler ?

Exemples qui viennent à l’esprit

Parmi les 5 % les plus aisés, l’espérance de vie à la naissance des hommes est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus défavorisés (Insee, 2018). Le travail n’est certes pas la seule cause de cet écart, mais le travail ouvrier, plus pénible et plus exposé physiquement, entraîne une perte de durée de vie.

Dans Éloge du carburateur (2009), le philosophe-mécanicien Matthew Crawford affirme que le travail de réparateur de motos produit des effets matériels immédiats (rendre de nouveau fonctionnel un véhicule qui ne l’était plus) et en cela, loin d’être une perte de temps, procure une grande satisfaction.

Dans Le Deuxième Sexe (1949), Simone de Beauvoir montre en quoi le travail domestique constitue une perte de temps totale pour les femmes : non rémunéré, improductif, il consiste exclusivement à lutter contre le négatif (la saleté et la faim) et ne suscite aucune reconnaissance de la part d’autrui.

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