Les Lumières à l’âge du vivant 

Une recension de Victorine de Oliveira, publié le

Ces temps-ci, les Lumières ont plutôt mauvaise presse. Accusées d’être trop universalistes, aveugles aux particularismes, trop anthropocentrées, trop occidentales et complices d’un libéralisme qui sacre une illusoire autonomie du sujet, elles ne refléteraient en réalité que la volonté d’hégémonie d’une partie de l’humanité. Par rapport à ce procès, Corine Pelluchon fait un pas de côté. Elle qui plaide pour une meilleure reconnaissance de la souffrance animale et pour la mise en place de lois et de nouveaux comportements en conséquence tient à redéfinir le projet des Lumières sans s’en débarrasser définitivement. Ce n’est plus l’être humain qu’il s’agirait d’affranchir de l’obscurantisme, mais le vivant tout entier qu’il faudrait consacrer dans sa diversité et sa vulnérabilité : « Les Lumières du XXIe siècle doivent traduire cet espoir qui s’appuie sur un projet écologique impliquant la sortie d’un modèle de développement destructeur et violent et la décolonisation de notre imaginaire marqué par la domination de la nature, des autres, et par la répression de notre sensibilité. » L’intention, louable, gagnerait à se voir accompagnée de propositions plus directement concrètes. Autrement, l’imaginaire risque de rester la première et la dernière étape d’un projet pourtant stimulant.

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