L’Œil de l’État

Une recension de Cédric Enjalbert, publié le

Son œil, James C. Scott l’a posé sur l’État depuis un moment. Dans ce livre écrit en 1997, qui vient d’être traduit, l’anthropologue s’intéresse avec une érudition enthousiasmante à tout ce que la modélisation d’État manque et tente de réprimer. Il parle de « haut-modernisme » pour qualifier les « grandes utopies d’ingénierie sociale du XXe siècle », qui ont en commun de chercher à simplifier la nature et la société pour les rendre lisibles et les ordonner au service d’un pouvoir. Et d’évoquer, comme exemple, la sylviculture développée au XVIIIe siècle, qui rend la forêt « scientifique » plus facile à gérer… mais aussi plus fragile, du fait de la monoculture. Cette vaste « mission civilisatrice » rationaliste, qui écrase les savoir-faire et pratiques indigènes, ne va pas sans violences. En effet, leur disparition n’est pas une conséquence malheureuse du progrès mais une condition de possibilité de « la mise en place d’un ordre administratif ». Car toutes ces formes « d’infrapolitique » sont aussi, localement, des « arts de la résistance », montre Scott, des façons « de ne pas être gouverné ». Cette contre-histoire de la modernité invite à la vigilance, car, dans les temps de crise, les fantasmes de grandes transformations trouvent un écho particulièrement favorable, « au nom et avec le soutien de citoyens en quête d’assistance et de protection ».

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