Pourquoi s’opposer à l’inégalité

Une recension de Marius Chambrun, publié le

Plus de cinquante ans après la publication du classique Théorie de la justice de John Rawls, Thomas M. Scanlon se demande lui aussi ce que peut la philosophie face à l’explosion des inégalités dans un essai rigoureux et exigeant. Pour ce philosophe, ancien professeur à Harvard et penseur phare de la théorie du contrat social, il semble que la défense des libertés individuelles ait pris le dessus dans nos systèmes capitalistes : « Les gens ont de bonnes raisons de souhaiter que leur vie soit meilleure. Mais quelle raisons ont-ils de se soucier de la différence entre leur vie et celle des autres ? » À lire Scanlon, ces raisons de nous opposer à l’inégalité sont nombreuses. D’abord, parce que « chacun compte d’un point de vue moral », mais aussi parce que « les institutions doivent être justifiées auprès de ceux à qui l’on demande de les accepter ». C’est parce que l’on a une conception claire des motifs pour lesquels les inégalités sont inadmissibles que l’on peut légitimement contester les institutions qui les promeuvent, et ce de différentes façons, en ajustant la réplique à chaque type d’inégalité (d’attention, de statut, de revenu…). « Une société est en proie à une objection sérieuse si certaines personnes y sont empêchées – par la discrimination, ou parce qu’elles ne sont pas nées dans des familles suffisamment riches – de poursuivre des carrières pour lesquelles elles sont qualifiées », explique l’auteur. C’est par l’analyse des causes des inégalités et la critique de leurs effets sur les relations sociales que Scanlon donne les armes justes pour les combattre.

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Alain Policar

Né en 1940 à Indianapolis, Thomas Scanlon fut professeur de philosophie morale, d’abord à Princeton (de 1966 à 1984), puis, depuis 1984, à Harvard…

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