“Protocoles”, de Constance Debré : l'article de la mort

Une recension de Arthur Dreyfus, publié le

Du temps qu’elle était avocate, Constance Debré se rendait fréquemment en prison. Elle y retourne aujourd’hui en tant qu’écrivaine. « Peu importe les prétextes », convient-elle. C’est comme la mort : que l’on soit serial killer, flic, coupable ou innocent, nous y parviendrons tous. Mais pas de la même façon. Ainsi le sujet de cet objet hybride, entre l’essai, l’aveu, et le roman, est-il lancé dès la première phrase, telle une adresse au lecteur : « Vous avez été condamné à mort. » Voilà ce qui foudroie Debré, dans le couperet : que la loi qui fut sa vie, et celle de sa famille célèbre, puisse prévoir ça. « Les privilèges de visite se termineront à vingt et une heures le jour précédant votre exécution », épèle-t-elle. « La loi rend toute la littérature obsolète. J’ai traduit j’ai recopié le document. Il n’y avait rien à retrancher. Il n’y avait rien à ajouter. Ni Dante ni Dostoïevski ni Camus ni Kafka etc. » Ces fantômes planent en effet sur son livre. Mais sa prose radicale, sans italique, ni guillemets, ni virgules presque, convoque aussi celui d’une Duras qui aurait bu le sang de Bret Easton Ellis.

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