L’inconnue célèbre
Constance Naden : réconcilier les contraires
Constance Naden. ©Julian Rees / Domaine public
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Cet article est issu du numéro 178 de Philosophie magazine « Comment cultiver la bonne humeur ? », en kiosque le 21 mars 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Morte à seulement 30 ans, cette philosophe, poète et femme d’engagements a élaboré au XIXe siècle un système de pensée original qui lie l’esprit à la matière en s’appuyant sur la science.
Qui es-tu, Constance Naden ?
Il aura suffi de trois décennies à la Britannique Constance Naden, née en 1858 et morte en 1889, pour marquer son époque. Issue d’une famille aisée, élevée par ses grands-parents maternels (sa mère meurt alors qu’elle n’a que douze jours), elle s’intéresse à tous les savoirs : aux langues, à la botanique, à la chimie, à la géologie et, bien sûr, à la philosophie. Sa rencontre avec le penseur et chirurgien Robert Lewins en 1876 est décisive. Elle développe avec lui un système philosophique singulier, l’« hylo-idéalisme ». Le programme est ambitieux : réconcilier matérialisme et idéalisme, induction et déduction, soi et autrui, subjectivité et objectivité, science et poésie. À la recherche d’un principe unitaire de compréhension du monde, elle croit le trouver dans la notion d’évolution transposée de la biologie à la sociologie par le père du darwinisme social Herbert Spencer, qui louera son « intelligence subtile ». Elle étudie les sciences naturelles au Birmingham and Midland Institute à partir de 1879 et au Mason Science College à partir de 1881. Elle est également l’une des premières femmes à devenir membre de la Birmingham Natural History Society. À la même époque, elle commence à publier son œuvre poétique, dont Songs and Sonnets of Springtime (1881). Après le décès de sa grand-mère en 1887, Constance Naden se retrouve à la tête d’une petite fortune. Elle en profite pour voyager avec son amie, la pédagogue et militante Madeline Daniell, afin de comprendre la situation des femmes dans le monde. De retour en Angleterre, elle achète une maison à Londres où elle s’installe avec Daniell. Touchée par le sort des Indiennes, elle lève des fonds pour leur permettre d’étudier la médecine. Elle milite également pour le vote des femmes dans son pays. Âgée d’à peine 30 ans, Naden intègre l’Aristotelian Society. Elle décède peu de temps après des suites d’une infection postopératoire. Sa mort, dira son ami l’écrivain William R. Hughes, « a privé le monde d’une penseuse fine et originale, Birmingham de sa fille la plus douée » et « la science progressiste d’une travailleuse des plus distinguées ».