La notion
“Acharnement meurtrier”
© Noémie Coissac/Hans Lucas/AFP
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Cet article est issu du numéro 181 de Philosophie magazine « Peut-on devenir meilleur ? et si oui, comment ? », en kiosque le 11 juillet 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Déchaînement de violence dont fait preuve un meurtrier à l’égard de sa victime » : c’est en ces termes qu’est défini l’« acharnement meurtrier », dont l’entrée dans le lexique juridique français a été entérinée par le Journal officiel du 15 mai. L’objectif ? Mieux qualifier les féminicides et les distinguer des « meurtres de droit commun ». Dans beaucoup de cas de meurtres conjugaux (40 % environ), le meurtrier ne tue pas « simplement » sa compagne : il « détruit le corps de la victime » et son identité, comme l’écrit la présidente de la cour d’appel de Poitiers Gwenola Joly-Coz dans « Elle l’a bien cherché » (Éditions, Dialogues, 2023). La magistrate a pris conscience du phénomène à travers les travaux de la légiste Alexia Delbreil et du psychiatre Jean-Louis Senon dans leur article « L’homicide conjugal : questions de prévention ? », qui alertait dès 2018 sur ces « surmeurtres ». La notion, empruntée de l’anglais « overkill » apparu à la fin des années 1990, circule dans les milieux féministes depuis quelques années – elle a notamment été employée pour qualifier le sort des femmes israéliennes lors de l’attaque du 7 octobre. Comment expliquer ce déchaînement de brutalité, cet acharnement visant littéralement à déchirer la chair (carne, en latin) ? Jean-Paul Sartre esquisse une hypothèse dans L’Être et le Néant lorsqu’il dresse le portrait du « sadique ». Ce qu’il recherche, selon le philosophe, « avec tant d’acharnement, ce qu’il veut […] plier sous son poing, c’est la liberté de l’autre : elle est là, dans cette chair ». C’est cette dimension proprement humaine de la subjectivité que le meurtrier annihile en même temps qu’il détruit le corps de sa victime, finalement réduit à l’état de chose.