Antonio Negri : « Chacun vit le paradoxe d’être à la fois exploitant et exploité »

Temps de lecture : 6 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 16 de Philosophie magazine « 16 - février 2008 », en kiosque le 24 janvier 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Antonio Negri, figure intellectuelle de l’extrême gauche, invite à « lire Marx au-delà de Marx ». Il diagnostique les formes contemporaines de l’exploitation et esquisse les nouvelles lignes de la revendication salariale.

Avec Le Capital, dont la rédaction l’a occupé pendant près de vingt ans, Karl Marx livrait une analyse magistrale du rôle de la valeur travail dans l’essor du capitalisme. Il avait alors sous les yeux les conséquences sociales de la révolution industrielle et, pour lui, le type même du travailleur était l’ouvrier. Aujourd’hui, comme l’explique Antonio Negri dans Multitude, ce n’est plus l’industrie, mais les services qui représentent le modèle hégémonique du travail. Si certaines intuitions de Marx demeurent justes, d’autres doivent être adaptées à nos réalités sociales pour conserver leur pertinence.

 

La tension de l’imagination et de la volonté

«L’abeille confond par la structure de ses cellules de cire l’habileté de plus d’un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. L’œuvre exige pendant toute sa durée, outre l’effort des organes qui agissent, une attention soutenue, laquelle ne peut elle-même résulter que d’une tension constante de la volonté. »

Le Capital, Livre II, IIIe section, chap. VII

A. N. : Le travailleur ne fait pas seulement un effort physique mais s’engage dans sa tâche, y fait participer son pouvoir d’imagination, sa volonté. Dans nos sociétés, la part du travail physique a diminué au profit d’un travail de l’intelligence, du langage, de la créativité. Désormais, la composante intellectuelle est reconnue comme productrice de richesses. La conséquence est immédiate : lorsque l’intelligence est au travail, il est difficile d’arrêter de travailler le soir ou le week-end. Le temps de la vie est mobilisé à des fins productives.

Cet article est réservé aux abonnés