Aristote. L’œuvre

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Cet article est issu du numéro 84 de Philosophie magazine « 84 - novembre 2014 », en kiosque le 23 octobre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’Éthique à Eudème est longtemps restée dans l’ombre de l’Éthique à Nicomaque : petite sœur du grand livre de philosophie morale d’Aristote, l’Éthique à Eudème ne serait qu’une œuvre de jeunesse, reflétant encore l’influence de la pensée platonicienne. Son authenticité a même été mise en doute. Or, depuis la fin des années 1970, un tout autre scénario a été proposé : l’Éthique à Eudème serait peut-être la version la plus élaborée de la morale aristotélicienne, tandis que l’Éthique à Nicomaque ne serait qu’une œuvre de seconde main, redécouverte plusieurs siècles après la mort d’Aristote. Le titre de l’ouvrage réserve aussi bien des mystères : désigne-t-il Eudème de Rhodes, l’un des plus fidèles disciples d’Aristote, qui aurait retranscrit à sa manière les arguments du maître, alors que Nicomaque, le fils d’Aristote, en aurait donné sa propre version ? Ou renvoie-t-il au dédicataire de l’ouvrage, Eudème de Chypre, ami du philosophe mort prématurément ? Quoi qu’il en soit, l’Éthique à Eudème se signale par sa sensibilité particulière. Alors que l’Éthique à Nicomaque est étroitement liée à la réflexion politique, l’Éthique à Eudème s’adresse concrètement à l’individu qui recherche le bonheur, avec l’idéal d’être « beau et bon » (kalos kagathos) par la perfection de sa conduite éthique. L’accent est mis ici sur la responsabilité de l’individu, dans le choix qui préside à l’action : le cas du courage montre précisément l’importance des choix faits dans les situations périlleuses.

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