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Arles monte dans les tours
© Pascal Guyot/AFP
Cet article est issu du numéro 152 de Philosophie magazine « Sommes-nous si fragiles ? », en kiosque le 26 août 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Spirale déstructurée de verre et de métal, la tour imaginée par Frank Gehry, étoile nord-américaine de l’architecture, contraste avec l’allure de la cité romaine d’Arles. Inauguré le 26 juin, l’édifice est le cœur battant du complexe artistique Luma, dont la mécène suisse Maja Hoffmann a lancé le projet en 2004. Onze hectares dédiés à la culture, installés en lieu et place d’anciens ateliers ferroviaires, qui donnent leur nom aux différents bâtiments : les forges, la chaudronnerie, etc. Ce grand écart entre les traces de l’histoire et l’ultra-modernité ne fait pas l’unanimité. Si Frank Gehry dit s’être inspiré des formes et des matériaux typiques de la région, le bâtiment monumental à l’allure inachevée défigure, selon certains, l’harmonie du paysage. La tour de 56 mètres de haut leur semble tombée du ciel. Une caractéristique du projet moderniste « hors sol », d’une architecture « indifférente aux lieux où elle s’établit, comme si elle s’y posait en descendant des étoiles », affirme Augustin Berque dans Écoumène (1987). Le géographe cite d’ailleurs explicitement une autre réalisation du « starchitecte », le musée Guggenheim de Bilbao, pour illustrer son idée : la modernité transforme l’architecture, qui devrait trouver son assise dans la singularité du milieu, en une œuvre fantaisiste qui « pourrait à la limite se passer de tout environnement » et finalement s’établir en tout lieu. Est-ce cela la qualité de « l’architecture liquide » revendiquée par Frank Gehry ?