Le livre du jour
“Ceci tuera cela”, d’Annie Le Brun et Juri Armanda
© Éditions Stock
Jamais nous n’avons échangé autant d’images que durant l’année péniblement écoulée. Elles ont été notre planche de salut durant les confinements, où nous nous montrions, nous et nos intérieurs. Sur WhatsApp, Instagram, Twitter, via Facebook ou Zoom… Partout voyants et vus. Serions-nous entrés définitivement dans un nouveau « régime de visibilité », comme le soutiennent l’essayiste Annie Le Brun et l’artiste Juri Armanda dans le vif essai qui vient de paraître : Ceci tuera cela (Stock, 2021) ?
Avec l’obligation de se tenir à distance, nous renvoyant au seul rapport social médiatisé par l’image, la crise sanitaire aurait en effet mis au jour le point aveugle de nos sociétés : l’actuel déferlement d’images témoigne d’un mépris pour l’image, dont le contenu importe désormais moins que la diffusion. En instruisant ainsi le procès des Gafam, qui s’enrichissent en captant notre regard, les deux auteurs retracent ensemble la logique paradoxale qui a nous rendus absolument indifférents aux images et à leur force subversive, alors qu’elles s’imposent partout.
Ceci tuera cela. Image, regard et capital, d’Annie Le Brun et Juri Armanda, sort le 3 mars 2021 aux Éditions Stock, coll. Les Essais. 306 p., 20€, disponible ici.