Covid-19. Les philosophes face à l'épidémie

Cynthia Fleury : “Ne pas sacrifier toutes les libertés au nom du principe de précaution”

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Cet article est issu du numéro 138 de Philosophie magazine « 138 - avril / mai 2020 », en kiosque le 26 mars 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Membre du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE) auquel le gouvernement a demandé un avis concernant les « mesures de santé publique contraignantes » pour agir face au Covid-19, Cynthia Fleury éclaire les principes éthiques qui doivent guider les choix politiques.

« La difficulté posée par la crise épidémique est d’allier différents types de légitimités : la limitation de la propagation pandémique, le maintien d’une vie économique stable et protectrice, de l’État de droit et de la vie démocratique. Le CCNE va publier un nouvel avis, adapté à la question du coronavirus, mais l’avis 106 de 2009 peut déjà nous éclairer quant aux problèmes liés à une pandémie grippale : il est possible, de façon provisoire et en respectant les principes posés en France par la loi de 1955 sur l’état d’urgence, de subordonner et de pondérer des libertés individuelles au profit d’un principe de responsabilité collective et d’efficacité. La restriction des déplacements et des rassemblements limite ainsi le droit de circuler. Internationalement, on s’inspire des “Principes de Syracuse” (1984-1985) relatifs aux normes des droits de l’homme en état d’urgence. En viendrons-nous au confinement d’une partie de la population ? Nul ne le souhaite, mais la question à se poser, concernant le principe de précaution, est celle de sa proportionnalité, de son caractère non déraisonnable, de ce que l’on appelle l’ultima ratio, le dernier recours. En l’occurrence, les libertés ne peuvent pas être restreintes, même temporairement, en s’appuyant sur une conception maximaliste du principe de précaution. 

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