Philosophie politique

Démocratie : un modèle, sept possibilités

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Démocratie : un modèle, sept possibilités

© Patrick Batard/Hans Lucas

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Dire que « la démocratie est en crise » est devenu un lieu commun. C’est en outre oublier qu’il n’existe pas un mais plusieurs modèles démocratiques, avec leurs spécificités. Et si notre démocratie actuelle, pour retrouver un nouveau souffle, s’inspirait de certains d’entre eux ? Panorama.


Aristote : la démocratie comme alternance des charges

Bien qu’il exclue de la chose politique les femmes, les enfants et les esclaves, Aristote (384-322 av. J.-C.) défend une conception relativement démocratique et ouverte de l’exercice du pouvoir – du moins pour son époque. À l’inverse de Platon, qui prône une République élitiste dirigée par un corps de philosophes, Aristote estime qu’un bon gouvernement doit laisser une forme importante de pouvoir (kratos) au peuple (demos), seul souverain légitime. Dans sa Politique, il propose ainsi de faire tourner les charges parmi les citoyens afin d’empêcher l’appropriation du pouvoir par un seul. Autre vertu de ce système, chacun se sent d’autant plus impliqué dans la vie de la Cité qu’il ou elle devra occuper une place éminente un jour. Penseur du juste milieu, Aristote juge qu'une combinaison équilibrée entre démocratie et oligarchie s’avère la plus à même de mener la collectivité au Souverain Bien.

Texte original :

“Le principe de base de la constitution démocratique, c’est la liberté. Et l’une des formes de la liberté, c’est d’être tour à tour gouverné et gouvernant. En effet, le juste selon la constitution démocratique, c’est que chacun ait une part égale numériquement et non selon son mérite, et avec une telle conception du juste, il est nécessaire que la masse soit souveraine, et ce qui semble bon à la majorité sera quelque chose d’indépassable”

Aristote, Politique, livre VI, IVe siècle av. J.-C.

Locke : la démocratie ou la nécessaire limitation de l’État

Le philosophe anglais John Locke (1632-1704) est l’un des fondateurs de la pensée libérale. Il s’inscrit dans la tradition de la philosophie contractualiste, où la formalisation d’un état de nature jugé dangereux et désordonné justifie un pacte d’association entre les êtres humains. Contre le Léviathan (1651) de Hobbes, figure protectrice toute-puissante qui tient l’homme en respect tout en pacifiant ses relations avec son prochain, Locke propose un modèle bien plus souple, où les attributions du pouvoir exécutif sont limitées et toujours au service des intérêts individuels des citoyens. Chez Locke, penseur de la propriété privée, de la résistance à l’oppression et du libre commerce, la société civile ne doit pas devenir antagoniste de l’État, ni soumise à lui, comme si un pouvoir supérieur pouvait s’exercer sur elle. L’État n’existe qu’en tant qu’il se met au service des citoyens, en tant qu’ils jouissent de droits naturels inaliénables. C’est pourquoi la démocratie représentative – parlementaire – est d’après lui le meilleur régime.

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D’Aristote à Arendt : penser la démocratie dans sa diversité