Point de vue

Dieu est-il irrationnel ?

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Cet article est issu du numéro 5 de Philosophie magazine « 5 - hiver 2006 », en kiosque le 07 décembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Les réactions violentes qui ont suivi le discours papal du 12 septembre ont occulté sa signification profonde. Nous avons demandé à Denis Moreau, spécialiste des rapports entre foi et raison, de commenter ce discours.

L’attention portée au court passage sur la critique de l’islam chez un Byzantin du XIVe siècle a pu masquer le thème central du « discours de Ratisbonne » prononcé par Benoît XVI en septembre : le statut de la raison, considérée en elle-même, et dans son éventuel usage en contexte religieux.

Sur la première question, le pape s’oppose sans surprise à une conception positiviste qui réserverait la rationalité aux seules sciences exactes. Il esquisse une « critique de la raison moderne » et réclame un « élargissement de notre concept de raison et de l’usage de celle-ci », notamment aux domaines de la philosophie et de la théologie.

Sur la seconde question, la thèse est schématiquement la suivante : lorsqu’on estime que Dieu existe, ou bien on considère qu’il y a du rapport, de la ressemblance entre raison humaine et raison divine ; Dieu et ce qui le concerne – la « religion » – sont alors légitimement objets d’un discours rationnel. Nous pouvons par exemple raisonner et débattre pour tenter de confirmer ou de critiquer les prescriptions morales des religions. Ou bien on estime que « Dieu est absolument transcendant, [que] sa volonté n’est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle du raisonnable ». Dans ce cas, Dieu est hors de portée de notre raison, ses décisions sont de notre point de vue aussi arbitraires qu’indiscutables (« c’est ainsi parce que Dieu l’a voulu »), et il est envisageable d’imposer l’obéissance aux prescriptions religieuses par des voies elles aussi arbitraires, notamment par la contrainte. Le texte fait ensuite l’éloge de la rationalité et de la philosophie, présentées comme les outils privilégiés d’une religion ouverte au dialogue, et condamne l’irrationalisme religieux, qui dériverait facilement vers des formes violentes.

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