Hors-série ”Vivre et penser comme un arbre”

Dilemme du forestier

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 53 de Philosophie magazine « Vivre et penser comme un arbre », en kiosque le 12 mai 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Si sylviculture et foresterie semblent quasi synonymes, ces deux mots traduisent pourtant deux tendances opposées de la gestion forestière : la rentabilisation d’une exploitation visant à régénérer les arbres qu’elle coupe et l’entretien nécessaire à la préservation des milieux forestiers.

 

La sylviculture est indissociable, dans son histoire, des grandes campagnes de déboisement qui permettent la conquête de terres agricoles. La réduction des espaces forestiers implique une réflexion sur la gestion de ressources sylvestres de plus en plus limitées : les bois de construction bien sûr, mais surtout, à l’origine, les glands et châtaignes qui jouent un rôle important dans les sociétés de la période Jomon (site de Kamegaoka) au Japon (de 13 000 à 400 av. J.-C.) qui s’inscrivent dans l’horizon d’un « néolithique non agricole » (Anne Lehoërff).

La sylviculture se développe particulièrement tôt en Asie, en Chine notamment, ce qui explique en partie la sophistication des techniques utilisées. Par exemple, le daisugi japonais, dès le XIVe siècle : comme le taillis, elle consiste à tailler l’arbre (le cèdre du Japon, en l’occurrence) de sorte qu’il multiplie les rejets bien droits. Mais la coupe est moins rase que dans le taillis occidental. C’est à peu près à la même époque, dans le sillage des grands défrichements médiévaux, que se mettent en place, en Europe, les trois régimes sylvicoles principaux : le taillis, qui mobilise les mécanismes de reproduction végétative ; la futaie, fondée sur la reproduction sexuée qui passe par la plantation de bois nouveaux, en général monospécifiques ; et la technique mixte du taillis-sous-futaie. Ces pratiques restent encore limitées, cependant, et les surfaces boisées continuent de s’amenuiser – ce qui pose notamment problème à une époque où les marines sont en pleine expansion. En 1669, constatant que « le désordre qui s’était glissé dans les Eaux et Forêts de notre royaume fut si universel et si invétéré que le remède en paraissait presque impossible », Louis XIV promulgue une ordonnance rédigée par Colbert, qui vise à réguler la gestion des forêts sur le territoire français, et dont le Code forestier actuel est l’héritier. Les travaux visant à une meilleure gestion sylvicole se multiplient : Henri-Louis Duhamel du Monceau publie un volumineux Traité complet des bois & des forests (1755-1767), les Allemands Georg Ludwig Hartig et Heinrich Cotta écrivent, respectivement, une Instruction sur la culture du bois, à l’usage des forestiers (1791) et une Instruction à la sylviculture (1817), tandis que Bernard Lorentz fait paraître en 1837 son Cours élémentaire de culture des bois (1837).

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