Hommage

Disparition de Don Ihde, philosophe du monde et de la pollution sonore

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Disparition de Don Ihde, philosophe du monde et de la pollution sonore

Don Ihde. © Wikimedia Commons CC_3.0

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Peu connu en France, le philosophe Don Ihde (1934-2024), décédé il y a quelques jours, l’est bien davantage dans le monde anglo-saxon où, pendant plusieurs décennies, il a tracé sa voie singulière : entre exploration de l’expérience sensible et réflexion sur la technoscience, entre le corps et ses instruments, entre l’intime et le politique. Retour en concepts sur une pensée qui mérite le détour.


Visualisme

Avec son second ouvrage, Listening and Voice: Phenomenologies of Sound (« Écoute et voix. Une phénoménologie du son », 1976), Ihde a tout de suite rencontré un fort écho. Selon lui, toute la tradition philosophique et techno-scientifique est dominée par un « visualisme », par la primauté donnée, entre tous les sens qui font la richesse de l’expérience, à la vue (sens par excellence de la distance et de l’objectivation). L’idée est eidos, image. Ce visualisme est en réalité très réducteur : pour s’acheminer vers l’essence, l’image doit se dépouiller de tout ce qui lui est superflu – de la couleur, de la texture, etc. Elle se réduit à une figure de plus en plus abstraite. S’opère ainsi une double réduction. Réduction de la perception à la vision et réduction de la vision à un regard objectivant, désincarné. La philosophie se conçoit elle-même, de manière révélatrice, comme une « vision du monde », et elle privilégie souvent, sauf chez quelques exceptions comme Socrate, l’écrit sur la parole.

“Sound turn”

Ce parti pris fait que la richesse de l’expérience vécue se trouve occultée. « Ce que l’on appelle ici visualisme, en tant que symptôme, c’est toute la tendance réductionniste qui, en cherchant à purifier l’expérience, dénie la richesse à la source. […] La simple préférence pour la vue peut devenir […] une source d’inattention relative à la plénitude globale de l’expérience et, en particulier, à la richesse égale de l’écoute. » Ihde appelle ici à un renversement : à un « sound turn », un « tournant sonore ». L’existence est d’emblée engagée dans un tissu musical. La pensée elle-même se fait à travers des mots qui ne se réduisent jamais à des concepts, qui possèdent toujours un timbre, une sonorité, une musicalité, un souffle. « Le commencement de l’homme est au milieu de la parole. Et le centre de la parole est dans le souffle et le son. » Le son est une dimension vitale de notre existence : « L’air que nous respirons n’est pas neutre ou sans vie, car il est animé de sons et de voix, allant du bruit de fond à peine perceptible de notre propre respiration aux bruits du monde, en passant par le chant des mots et des chansons entre les hommes. » Renouer avec cette dimension, c’est poser la question de l’« invisible », en particulier. « Les dieux, les choses et les autres prennent voix, et tous prennent place dans l’horizon du silence qui marque la limite du son. Cette amplification déploie la conversation, qui est l’humanité même. »

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Les concepts clés de Don Ihde, un philosophe du son et de la technologie