La notion
Dogwhistle
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Cet article est issu du numéro 153 de Philosophie magazine « Peut-on changer de logique ? », en kiosque le 23 septembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment séduire les électeurs tentés par les extrêmes sans y laisser sa réputation ni se salir les mains, sans choquer le reste de son public ni appeler directement au ralliement à des idées nauséabondes ? Cette stratégie tient en un mot : dogwhistle (« sifflet à chien ») – en référence aux ultrasons que seuls les canidés peuvent entendre. L’enjeu de ce double langage consiste à tenir un discours en apparence innocent en intercalant des propos seulement compréhensibles par une frange de l’électorat. Le dogwhistle est une arme redoutable en période de campagne : puisqu’elle joue sur le sous-entendu, il est impossible de démontrer son utilisation volontaire. Mais aussi de la réfuter ! Jean-Luc Mélenchon en a récemment fait les frais, lui qui a été accusé de faire appel à l’imaginaire antisémite pour avoir lancé : « L’ennemi ce n’est pas le musulman, c’est le financier ! » L’ambiguïté du dogwhistle fait sa force et sa faiblesse. Comme le notaient les politologues Robert E. Goodin et Michael Saward dans un article paru en 2005, « le même phénomène sur lequel on compte pour accroître son électorat sape en même temps l’autorité que l’on pourrait emporter en gagnant l’élection ». Difficile de gouverner quand un flou entoure en effet les raisons pour lesquelles on a été élu.