Hors-série "Le sommeil"
Dormir du sommeil du juste
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« Se lever le matin, plein de force et de santé, remplir jusqu’au soir la tâche habituelle, se retirer ensuite sainement fatigué, pour dormir du sommeil du juste, voilà le secret du bonheur ! » résumait l’écrivain anglais Henry Rider Haggard dans Jess : épisode de la guerre du Transvaal (1881). Un bon sommeil est le révélateur, l’indice et le résultat d’une vie bien ordonnée, intègre et droite. Cette conviction est au moins aussi ancienne que la philosophie. Platon, déjà, oppose dans La République le sommeil de l’homme juste et celui de l’homme qui mène une vie dissolue, qui laisse libre cours à ses penchants sensibles, à ses affects, à ses passions plutôt que de les discipliner. Cet homme, tyrannisé par les appétits pulsionnels, dort d’un sommeil troublé, agité. « Je parle de ceux qui se réveillent durant le sommeil, lorsque la partie de l’âme qui est raisonnable, pacifique et faite pour commander, est comme endormie ; et que la partie animale et féroce, excitée par le vin et la bonne chère, se soulève, et repoussant le sommeil cherche à s’échapper et à satisfaire ses propres penchants. Elle ose tout alors, comme si elle avait secoué et rejeté toute honte et toute retenue. »