Du beau, du bon, du Platon
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Cet article est issu du numéro 40 de Philosophie magazine « 40 - juin 2010 », en kiosque le 27 mai 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Et si loin d’être aveugle, l’amour nous apprenait à voir ? Pour nombre de philosophes, la beauté nous attire, car nous y décelons, au-delà d’elle, le signe de la vertu : une idée de l’harmonie, du bien ou de la liberté.
Le poète romain Ovide (– 43/– 18), juste après avoir écrit son Art d’aimer, estima nécessaire d’en assurer, pour ainsi dire, le service après-vente. Car il arrive que l’amant déçu ou trompé désire mourir. Pour éviter les suicides, Ovide rédigea un autre poème, tout aussi beau, mais beaucoup plus drôle, Les Remèdes de l’amour : « Pourquoi souffrir qu’un amant se comprime le cou dans un lacet, et se pende au sommet d’une poutre élevée ? […] Qu’il cesse donc d’aimer, et tu n’auras causé la mort de personne. » Parmi les antidotes infaillibles, Ovide propose celui-ci : l’amant se rendra à l’improviste chez son amie, de préférence tôt le matin, avant qu’elle se soit apprêtée. À ce moment, écrit Ovide, « ton amie n’a pas ses armes ; tu la surprendras sans risques, et les défectuosités de la malheureuse la feront descendre de son piédestal ».
Pour Ovide, comme pour les épicuriens dont il se réclame, la beauté humaine est une illusion éphémère, dont il faut s’attacher à déconstruire les attraits, si l’on veut atteindre la sérénité du sage. Soyons donc lucide ; gardons toujours à l’esprit que, dans ce corps de « top model » que j’admire, il y a des os, des viscères, des bruits ; que cette apparence sublime est vouée à se décatir ; et que le désir sexuel n’est qu’un appel à une opération mécanique : une « friction de nerf et, accompagnée de spasme, une excrétion de glaire », selon la formule du stoïcien Marc Aurèle (Pensées, VI). Grâce à ces exercices de pensée quotidiens, on se convaincra que la beauté n’est que le cache-misère de la condition humaine.